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Presse Playing Schiller : Stephane Gilbart Journaliste Die Vort - Luxembourg
Stephane Gilbart journaliste Die Vort - Luxembourg
Playing Schiller et quelques autres
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Schiller, Racine, Shakespeare, Dante, Cervantes, Molière, Tchekhov. Que sont-ils en nous devenus ?
*
Voilà que nous pouvons enfin pénétrer dans la salle obscure. En son centre, espacées, des rangées de cabines aux parois translucides, à l'intérieur desquelles nous distinguons des individus muets et immobiles.
Perplexes, nous déambulons, dans l'attente de ce qui ne pourrait manquer d'advenir.

Et soudain, l'un des personnages quittant son espace de réclusion, échappe à son confinement initial et nous rejoint. Se frayant un chemin parmi nous, il dit un texte, que nous reconnaissons. De Schiller, ce soir-là. Soudain, une voix se mêle à la sienne, un autre des reclus s'est évadé et a pris la parole à son tour, et nous reconnaissons encore ses mots. Des mots qui complètent, contredisent, couvrent les mots du premier. Tour à tour, tous nous rejoignent, paroles décalées ou chœur polyphonique. Héros dramatiques, ils se rencontrent, s'unissent ou se repoussent.

Et Schiller est là, dans le désordre de ses personnages, dans l'irruption aléatoire de ces apparences et de ces répliques qui les ont dits, dans leurs cris, leurs silences, leurs murmures, leurs effondrements, leurs douleurs ou leurs joies.

Sur les parois des cellules, des images, des séquences, répétées, obsessionnelles, projections de celles qui sont en nous, visions personnelles indélébiles nées des mots que nous avions lus ou entendus.

Et nous, nous allons çà et là, si proches soudain de celui-ci qui nous émeut par la douleur de ses propos ou nous agresse par leur violence, trop loin de celui-là que nous entendons à peine, surpris par la présence silencieuse, juste derrière nous, de celle-là.

*

A cause des contraintes parfois bienheureuses de l'école, grâce aux hasards des programmations culturelles ou de nos curiosités personnelles, nous rencontrons de grands auteurs et leurs œuvres, leurs personnages et les lieux imaginaires qu'ils hantent.

Quelles que soient nos émotions, nous les découvrons logiquement, rationnellement, une œuvre après l'autre, "Les Fourberies de Scapin" après "Les Femmes savantes", "Les Brigands" après "Guillaume Tell". Nous les rencontrons avec leur famille: Phèdre, Hippolyte, Aricie et Thésée; Tartuffe, Orgon et Elmire; Hamlet, sa mère et son oncle.

Ils s'inscrivent au plus profond de nous, à jamais.

Nous avons oublié leur présence pourtant. Mais ils continuent à agir, à notre insu, conditionnant notre regard, motivant nos réactions, justifiant nos jugements, expliquant nos émois, anges gardiens ou surmois littéraires et théâtraux. Ils vivent en nous et nous vivons par eux.

C'est que faisant fi des catalogues, des classifications par époque ou par genre ou par oeuvre, ils ont échappé aux nomenclatures, ils ont déserté leur volume initial. Certains y ont laissé la vie, définitivement disparus, d'autres au contraire ont survécu tels qu'au jour de leur découverte, dans leurs traits et dans leurs mots, d'autres encore ne sont plus qu'un souvenir, qu'une scène, qu'une réplique, qu'une image. Mais ils se sont rejoints et ils forment, en nous, comme une œuvre nouvelle, notre œuvre en fait, car c'est ainsi qu'ils existent désormais.

*

Nathalie Veuillet et ses compagnons de La Horsde nous emmènent au plus profond de nous-mêmes pour nous confronter à l'étrange et persistante réalité de ces indispensables êtres de mots.


Stéphane GILBART
 
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