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Là Hors De

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Interview Lyon Capitale
Parution d‘une interview du metteur en scène Nathalie Veuillet dans le journal LYON CAPITALE du mercredi 21 août 2002… Chaque semaine cet été, retrouvez ces personnalités lyonnaises qui ne pratiquent pas la langue de bois.

Entretien avec Nathalie Veuillet,

Nathalie Veuillet est l’un des chefs de troupe les plus dynamiques de la région.

Toujours à la recherche de nouveaux lieux, de nouvelles expériences et nouveaux rapports avec le public. Mêlant vidéo, théâtre, danse, son travail ne va pas dans le sens du consensus. Tout comme sa personnalité “éruptive” et directe.

Vous reconnaissez-vous dans l’expression “grande gueule” que nous entendons dans le sens d’une liberté de parole et d’une certaine radicalité du propos ?

Non justement, c’est une expression qui m’énerve. C’est réducteur. Mais c’est vrai que je suis éruptive. J’ai du mal à contenir ce que je pense. Et ça peut me porter préjudice. J’ai eu un certain nombre de déboires avec ce que j’ai dit, une fois avec Lyon Capitale, une fois avec Le Monde (…) Je me dis que j’aurais dû faire attention, que je ne suis pas assez mature. Je pensais ce que j’ai dit mais l’on est dans une société où l’on s’intéresse trop à la forme.

Votre compagnie de théâtre, depuis 10 ans, a choisi une ligne un peu radicale, en dehors de la norme…

Là Hors De… c’est peut-être une damnation du nom ! Mais j’aime surtout jouer dans des lieux qui ne sont pas forcément faits pour le théâtre, ce qui demande énormément d’énergie. Par exemple depuis 5 ans on est allé travailler au couvent de la Tourette ce qui nous a permis, cette année, d’aboutir à un travail présenté dans l’église. Une expérience géniale ! Notre mode de fonctionnement est trop spontané pour l’institution qui a une très grosse lourdeur infra-structurelle. Et moi, je suis incapable de dire de quoi j’aurais envie dans deux ans !

Le théâtre n’est pas toujours très populaire, notamment chez les jeunes. Comment luttez contre cela ?

Un des aspects du problème, c’est la façon très rébarbative dont le théâtre se médiatise. À la télé, on en est encore a “Au théâtre ce soir”. Sur les affiches, toute la communication autour du théâtre tend à l’isoler ; c’est vieillot et souvent ringard. C’est pour ça que pour le Festival Court-circuit, en 97, on est allé prendre en photo une vache pendue par les pieds qui venait d’être abattue. L’image était forte et encore, c’était juste avant les problèmes de vaches folles ! Et puis, on ne peut plus se contenter de donner à voir le résultat du travail. Maintenant, il faut que les gens soient associés aux répétitions voire aux choix des textes.

Pour rétablir un fil rompu avec le public ?

Oui. Le théâtre se fait aujourd’hui dans des lieux qui ne font pas envie au public jeune. La grande question est de savoir pourquoi on s’ennuyait en étudiant le théâtre et pourquoi ça nous passionne quand on en fait. Faut-il faire du théâtre pour être passionné par le théâtre ? C’est une vraie question. C’est pour ça qu’on a essayé de changer le système de communication et les rapports entre la scène et l’artiste. Le résultat a été bon : il y a eu 17.000 spectateurs en 11 jours. Avec des bandes de jeunes qui avaient entre 18 et 20 ans qui étaient venus une première fois et qui revenaient à 15.

Qu’est-ce qui vous énerve le plus dans le théâtre ?

Le théâtre ! Tout ce que ça représente justement d’ennuyeux, d’à côté de la plaque, d’un peu désuet. Pourtant le théâtre se renouvelle mais comme l’Opéra il a toujours été très institutionnel parce que très lié avec le politique. Dès qu’on dépasse un peu, on se fait remettre dans la ligne. C’est pour cela que je pense que le salut viendra de la capacité à faire rentrer de l’argent privé dans la culture. Je vais faire hurler beaucoup de monde mais sans remettre le théâtre dans un circuit économique pur et dur, il faut un équilibre entre le privé et le public, je crois à ça, sous forme de mécénat ou de partenariat. Il y a bien moins de pression dans le privé. Ils disent oui ou non. À partir de là il y a une très grande liberté, à partir du moment où ils flashent sur un projet ; et puis ils sont libres ce qui n’est pas le cas des politiques. Il faudrait revoir aussi le mode de répartition des subventions dans le (secteur) public mais c’est impossible pour l’instant vu la lourdeur des infrastructures. Comment modifier la répartition des subventions quand il faut maintenir des emplois, mettre en place les 35 heures dans les grosses structures, etc. ? Mais bon, à ce sujet, j’ai arrêté de me taper la tête contre les murs.

Si l’on vous entend l’argent public sera bientôt réservé au super-institutionnel et l’argent privé à l’émergence ?

Ça me ferait beaucoup rire ! Parce que la logique voudrait tout de même que ce soit le contraire. Mais c’est comme ça que ça se passe ! Cela dit je n’échangerai pas ma place contre celle d’un directeur d’institution. En terme de spontanéité, de liberté de création, il est clair qu’ils sont bouffés par la lourdeur de leur machine.

Les Subsistances peuvent-ils être un lieu d’émergence culturelle ?

23.000 mètres carrés en plein centre de Lyon, c’est génial ! Mais leur statut (en gestion directe, ndlr) est un enfer. Pour l’instant, dans ce cadre administratif, ce lieu n’a aucune aptitude à trouver des chemins de traverses.

En avez-vous parlé avec l’adjoint à la culture ?

C’est au directeur des Subsistances de se battre pour faire évoluer sa structure ! C’est sa fonction.

Qu’attendez-vous de la nouvelle équipe lyonnaise ?

J’attends la mise en place de la dynamique culturelle dans les arrondissements ; c’est un des axes les plus intéressants de la politique de Patrice Beghain (adjoint à la culture et au patrimoine de Lyon, ndlr) que d’installer des équipes artistiques pérennes et autogérées dans les quartiers. C’est une sorte de retour à l’esprit de Malraux.

Quelle est votre dernière colère ?

L’entre-deux-tours de la présidentielle.

Avez-vous manifesté ?

Non, je suis pour le geste intime, réfléchi, pour le libre arbitre et pour l’implication très individuelle. Je suis opposée à tout phénomène de masse qu’elle soit dans un bon sens ou un mauvais. Je suis fondamentalement contre la pensée unique.

C’est sévère pour ces jeunes qui sont descendus dans la rue alors qu’habituellement ils se fichent de la politique…

Ça montre bien où on en est ! Et je ne trouve pas ça rassurant. Ce qui m’a ennuyé c’est le fort taux d’abstention, d’être otage d’un vote. J’ai détesté me faire dépuceler sur le vote Chirac, ça a été trop dur. Même en étant de gauche, je peux aller voter à droite, ce n’est pas un problème, mais là je n’ai pas du tout été fière d’avoir fait partie des 82 % ! Être obligé de voter Chirac, ce n’est pas la démocratie.

Quelles sont les choses qui dans le domaine sociétal vous apparaissent comme les plus intéressantes : la parité, le Pacs, la possibilité donnée aux enfants de porter le nom de leur mère, le congé de paternité ?

Le congé de paternité, bien sûr ! Le Pacs pour moi crée des sous-droits pour des sous-citoyens. Il suffisait d’élargir le mariage et de donner les mêmes droits à tout le monde. Pourquoi aujourd’hui encore une partie de la société n’a pas le droit au mariage ? Pour moi la parité, c’est la même chose. Donnons à la femme la possibilité de consacrer plus de temps pour la vie publique. La parité n’aurait pas lieu d’être si le droit était vraiment le même pour tous à la base. La possibilité de donner le nom de la mère c’est bien mais le congé paternité c’est la vraie seule avancée. C’est vraiment important.

Députée, sur quoi vous battriez-vous ?

Là-dessus ! Pour dire arrêtons les sous-droits pour les sous-citoyens. Ça m’énerve vraiment. Sabiha Ahmine a le plus beau poste d’adjoint (adjointe aux droits, ndlr). Si j’avais un rôle ce serait celui-ci. Travailler pour l’intégration des minorités d’une manière démocratique et pour l’institution des mêmes droits pour tous. C’est la base. Qu’on arrête de parler des problèmes de sécurité. Si on ne donne pas les mêmes droits à ceux qui habitent dans les cités qu’aux gens du centre, ça ne changera pas. Pour moi, ce n’est pas encore le cas et on n’est pas en démocratie. Bien sûr que nous n’avons pas à nous plaindre par rapport à d’autres pays. Mais nous sommes en France, pays des droits de l’homme. Soyons ambitieux !



Propos recueillis par Anne-Caroline Jambaud et Philippe Chaslot

LYON CAPITALE N° 388 - mercredi 21 août 2002

 
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