«San Diego», à voir aux Subsistances jusqu'au 27 octobre, est une pure invitation au voyage déjanté
D'emblée, « San Diego » mis en scène par Nathalie Veuillet nous convie à un embarquement. Le début de ce spectacle basé sur un texte de David Greig nous place dans la situation de passagers prêts à prendre un vol international. De fait, c'est un vrai voyage qu'effectueront les spectateurs. Mais un voyage qui, s'il nous transporte du désert de San Diego jusqu'au Nigeria, en passant par un hôpital psy londonien ou sur les bords d'un lac écossais, se fera surtout à l'intérieur d'un univers déjanté, oscillant entre drôlerie et tragédie, telle l'aiguille d'une boussole déréglée. Ceci en compagnie de personnages pas piqués des vers. On citera en vrac et sans exhaustivité : un clandestin nigérien encadré par deux parents d'adoption au comportement absurde, une jeune fille suicidaire qui entend se faire dévorer - au sens littéral du terme - par un jeune homme pas plus équilibré qu'elle, un pilote qui attend une pute dans un endroit insituable et une jeune maman prise d'incontrôlables crises de mysticisme. On le voit, le spectacle n'invite pas à la rationalité. Le texte de David Greig entend en effet offrir un reflet critique de toutes les folies de notre monde contemporain en perte de repères stables. Cette dénonciation pourrait être convenue mais elle s'appuie sur un humour lucide, un vrai talent pour entremêler des histoires emblématiques et fortes d'une manière très cinématographique. Au surplus, la mise en scène de Nathalie Veuillet, riche en trouvailles scénographiques astucieuses et s'appuyant aussi bien sur une équipe de comédiens soudée que sur un dispositif vidéo maîtrisé vient parfaire la réussite de l'ensemble. Nicolas Blondeau http://www.leprogres.fr/