Pourtant elle était contrariée, légèrement, par ses retards, ses interférences dans le bon déroulement de son existence. Elle n'avait pas toujours le temps de faire ce qu'elle voulait, pas le temps de lire les messages, d'y répondre, juste le temps d'entendre toujours les mêmes plaintes, "ma machine à expresso ne marche pas", "elle ne fonctionne pas, vous n'avez qu'à vous mettre au thé". Le temps de ne rien faire, juste de voir passer le temps, la veille de Noël, le jour de Noël et puis le réveillon du jour de l'an, les fêtes qui comme chaque fois passaient en triple vitesse. Au fond on passait plus de temps à en parler qu'elles ne duraient en réalité. La dinde aux marrons ou le chapon pour les fines gueules, la bûche, les escargots pour ceux qui aiment, le foid gras, les mandarines, les dattes et les figues, les papillotes, le Père Noël, les repas de famille, les bonnes résolutions, les gueules de bois, les gargouillis dans l'estomac, les maux de tête, les envies de tout envoyer ballader...l'année prochaine c'est décidé, je passe les Fêtes à Marakech, les cadeaux. Parlons-en des cadeaux, c'est jamais les bons, ça ne plaît pas, on l'a déjà offert, ça ne marche pas, pardon ça ne fonctionne pas. Et toute la journée, la même rengaine "vous pouvez le reprendre, ça ne convient pas". Et moi, vous voulez que je vous dise tout ce qui ne me convient pas. Assister au grand défilé derrière son comptoir, essuyer les plaintes, les exlications oiseuses, comme on essuye un tâche de café avant qu'elle ne s'étende, comme on compresserait un hémorragie en somme. Alors forcément, elle n'avait pas le temps, pas toujours l'énergie ou l'envie.

Pourtant on l'avait bien prévenu, de faire attention, de prendre ses précautions, mais voilà, en hiver on tombe souvent malade. On ne peut raisonnablement pas faire le bilan de fin d'année sans tomber un peu malade. Et elle son point faible c'était la gorge, la voix, donc extinction de voix, "ça ne marche pas".... Non ça ne marchait pas, ça ne voulait plus sortir, aucun son, juste un long tiraillement et des glaires à proffusion. Il fallait bien s'y faire à ses courts circuits, à ce qui parasite le bon déroulement de l'existence. Cela ne durerait qu'un temps, comme chaque chose et un jour ça marcherait, ça fonctionnerait, oui, ça coulerait, ça coulerait de source même. Mais en attendant, elle savait que pour cela il n'y avait qu'une chose à faire, prendre de la distance ou pour mieux le dire, prendre de la hauteur et maintenant elle n'attendait plus que ça.