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Extérieur jour Plan séquence au ras du sol
Un insecte obstiné (une coccinelle) qui avance sur un sol d’herbes (style microcosmos, l’aventure de la vie, etc…) il franchit les obstacles vaillamment les uns après les autres, les petites herbes qui plient, les pailles qui résistent, les merveilleuses gouttes d’eau géantes qui perlent sous les feuilles veloutées, et dans lesquelles l’insecte vient se mirer. On voit alors son reflet déformé dans la goutte sphérique. Apparaît, toujours dans le reflet derrière l’insecte, une ombre qui descend et grandit, une épaule géante, un sein nu qui s’écrase dans l’herbe et roule sur l’insecte – à la faveur du reflet passage en caméra subjective. L’insecte s’accroche au sein comme pour se sauver (plein écran, détails du grain de la peau, duvet) il monte sur l’épaule, le long du cou, sur la joue, et vient se pencher au-dessus de l’œil ouvert comme sur un lac : reflet, retour en caméra objective. Une main masculine qu’on avait entrevue posée sur l’épaule et qui avait essayé de repousser l’insecte au passage vient le cueillir au bord de la paupière et le chasse d’une pichenette. L’insecte s’éloigne d’un vol rapide, il échappe à un oiseau qui piquait sur lui et il accélère en ligne droite.

2
Même lieu, à hauteur humaine
Un pied viril en train d’enfiler une chaussure de sport s’appuie contre le tronc d’un arbre, les clous de la chaussure s’enfoncent dans l’écorce. Une main rapide mais précise attache les lacets. Divers plans de deux personnes qui se rhabillent en vitesse, sous vêtements, petits shorts flottants, polos, dossards. L’homme et la femme, face à face, ils se regardent avec tendresse, mais comme pour vérifier aussi au passage que leur équipement est bien complet. Ils esquissent un baiser, une caresse sur le visage, qui s’interrompent avant d’aboutir :
« On n’avait pas tellement d’avance. »
« Ils ne vont pas tarder. »

3
Retour au vol de l’insecte (Les plans des scènes 2 et 3 sont montés en alternance)
Fuyant devant l’oiseau, l’insecte survole un chemin et fonce sur une troupe de coureurs qui arrivent en sens inverse. L’insecte vole à hauteur des visages ce qui permet de présenter successivement les personnages. Les trois premiers marathoniens sont un peu détachés. À chaque croisement avec l’insecte il y a un plan de coupe sur leur visage (un arrêt image ? un instant où ils font un geste pour chasser l’insecte qui les gêne ?) Chaque personnage accomplit le geste qui le caractérise, l’un fonctionnel, l’autre indigné, le troisième évitant… L’expression de leur effort se distingue aussi très nettement de l’un à l’autre : concentration, rage, sub-syncope, selon. On comprend que l’un court son programme, le second court contre le premier, et que le troisième court contre lui-même, qu’il mourra pour se dépasser. Au lieu d’un numéro, ils ont sur leur dossard leur nom, éventuellement leur emploi (au sens théâtral) Derrière eux vient un peloton sur lequel on ne s’arrête pas, d’où l’on retrouvera plus tard les personnages secondaires. On ne fait que les apercevoir, sans plus. Puis les quelques retardataires qui traînent en queue de course. Bruitages hyper réalistes du vol de l’insecte et de l’oiseau qui le poursuit, claquements de bec, ailes vibrionnantes, roulements de cailloux sur le chemin vrombissements menaçants de l’insecte contre les visages Et enfin le dernier coureur, à cours d’oxygène, en perdition. L’insecte se pose en plein milieu de son front et, comme si ce choc minuscule suffisait à stopper le peu d’énergie qui reste dans le coureur, celui–ci s’arrête, chancelle et tombe assis par terre. Il passe la main sur son front trempé de sueur. L’insecte grimpe sur sa main et entre dans son champ de vision. Le marathonien se met à le contempler, puis retrouve juste assez de souffle pour lui souffler dessus et le faire s’envoler. Il le suit un instant des yeux, un sourire naît sur son visage, il semble avoir retrouvé toutes ses (faibles) forces. Il se relève et reprend la course, sans voir que…

4
…l’insecte se fait gober par l’oiseau qui le poursuivait.

5 Les deux isolés, homme, femme, de dos. À une cinquantaine de mètres le reste de la course arrive dans leur champ de vision. Ils entrent par la droite de l’écran et courent vers la gauche. On voit la succession des coureurs de profil, ils n’arrivent pas directement sur les deux autres. Le raccord de séquence se fait au moment où le dernier, celui qui était tombé sur le derrière, est en train de se relever et de repartir en trébuchant. Les deux isolés s’élancent en oblique à travers les hautes herbes pour rejoindre la cohorte.

Patrick Ravella 21.04.2006 22H 22