Chap. 3 : LES FAUX DÉPARTS
Par Patrick Ravella, samedi 22 avril 2006 à 02:02 :: Marathon :: #255 :: rss
Lux fait un zoom avant sur l’arche coupée de l’autoroute. Il croit voir, très lointaine et
Les faux départs
Style film onirique.
3
Vu du sommet du château d’eau.
Lux fait un zoom avant sur l’arche coupée de l’autoroute. Il croit voir, très lointaine et très petite, une silhouette qui lui fait signe avec un mouchoir, et il lui répond gentiment. En fait, dans le plan suivant, on se rend compte qu’il ne s’agit pas du tout de ça.
4
Sommet de l’arche coupée.
Un homme se tient au bord de la chaussée interrompue, le dos tourné au vide (et, plus loin, au château d’eau). Il agite un immense drapeau de course pour donner le départ. Une douzaine de sprinters s’élance, ils gravissent la pente à toute vitesse et, lorsqu’ils arrivent à la fin de la route, en ligne et presque simultanément, ils continuent à courir le plus loin possible dans le vide. À quelques mètres de la fin de la route, il y a un ruban d’arrivée qui est suspendu en plein ciel. Les sprinters traversent le vide quasi à l’horizontale, la poitrine arquée en avant, pleine de l’espoir d’aller rompre le ruban d’arrivée en vainqueur. Mais non, un à un ils retombent, sans un cri. Le meilleur d’entre eux vient frôler le ruban, il essaye au passage de le couper avec les dents. Il échoue lui aussi, de très peu. On se rend compte alors que chacun traînait derrière lui une longue corde élastique reliée à la ceinture, et ils se mettent à penduler, vingt ou trente mètres plus bas, chacun au bout de sa corde de couleur différente assortie à leur tenue. Ils restent là, retournant progressivement à l’immobilité, indifférents les uns aux autres et comme insensibles à leur propre sort.
Le starter, qui avait été heurté par un des coureurs au moment de l’arrivée, cherchait depuis lors à reprendre son équilibre au bord coupé de l’autoroute. On devinait ses contorsions à l’arrière-plan. Maintenant c’est sur lui que la caméra focalise, il fait les efforts les plus excessifs pour se rétablir, scène burlesque qui doit être un peu trop longue, il finit bien sûr par réussir mais c’est alors qu’une plaque de béton craque sous ses pieds pour lui voler son mérite, et il tombe. Heureusement, son drapeau se gonfle dans le vent de la chute, lui permet de se ralentir, et on le voit gagner le sol en douceur.
5
Sommet du château d’eau.
Jouvence est rhabillée, debout derrière l’appareil photographique, elle cherche à prendre un cliché du starter qui glisse malheureusement toujours hors du champ. Toutes les photos sont coupées de travers. Lorsqu’elle renonce et commence à cadrer les hommes suspendus, un mécanisme commence à tendre les cordes et remonter les silhouettes sur le pont, où elles disparaissent, comme escamotées en une seconde.
Lux est couché nu dans la piscine, à l’endroit où il y avait Jouvence. Il regarde les nuages dans le ciel. Il dit : « Il y a longtemps que je n’ai pas vu d’avion. »
Patrick Ravella
22.04.2006
02H02
Style film onirique.
3
Vu du sommet du château d’eau.
Lux fait un zoom avant sur l’arche coupée de l’autoroute. Il croit voir, très lointaine et très petite, une silhouette qui lui fait signe avec un mouchoir, et il lui répond gentiment. En fait, dans le plan suivant, on se rend compte qu’il ne s’agit pas du tout de ça.
4
Sommet de l’arche coupée.
Un homme se tient au bord de la chaussée interrompue, le dos tourné au vide (et, plus loin, au château d’eau). Il agite un immense drapeau de course pour donner le départ. Une douzaine de sprinters s’élance, ils gravissent la pente à toute vitesse et, lorsqu’ils arrivent à la fin de la route, en ligne et presque simultanément, ils continuent à courir le plus loin possible dans le vide. À quelques mètres de la fin de la route, il y a un ruban d’arrivée qui est suspendu en plein ciel. Les sprinters traversent le vide quasi à l’horizontale, la poitrine arquée en avant, pleine de l’espoir d’aller rompre le ruban d’arrivée en vainqueur. Mais non, un à un ils retombent, sans un cri. Le meilleur d’entre eux vient frôler le ruban, il essaye au passage de le couper avec les dents. Il échoue lui aussi, de très peu. On se rend compte alors que chacun traînait derrière lui une longue corde élastique reliée à la ceinture, et ils se mettent à penduler, vingt ou trente mètres plus bas, chacun au bout de sa corde de couleur différente assortie à leur tenue. Ils restent là, retournant progressivement à l’immobilité, indifférents les uns aux autres et comme insensibles à leur propre sort.
Le starter, qui avait été heurté par un des coureurs au moment de l’arrivée, cherchait depuis lors à reprendre son équilibre au bord coupé de l’autoroute. On devinait ses contorsions à l’arrière-plan. Maintenant c’est sur lui que la caméra focalise, il fait les efforts les plus excessifs pour se rétablir, scène burlesque qui doit être un peu trop longue, il finit bien sûr par réussir mais c’est alors qu’une plaque de béton craque sous ses pieds pour lui voler son mérite, et il tombe. Heureusement, son drapeau se gonfle dans le vent de la chute, lui permet de se ralentir, et on le voit gagner le sol en douceur.
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Sommet du château d’eau.
Jouvence est rhabillée, debout derrière l’appareil photographique, elle cherche à prendre un cliché du starter qui glisse malheureusement toujours hors du champ. Toutes les photos sont coupées de travers. Lorsqu’elle renonce et commence à cadrer les hommes suspendus, un mécanisme commence à tendre les cordes et remonter les silhouettes sur le pont, où elles disparaissent, comme escamotées en une seconde.
Lux est couché nu dans la piscine, à l’endroit où il y avait Jouvence. Il regarde les nuages dans le ciel. Il dit : « Il y a longtemps que je n’ai pas vu d’avion. »
Patrick Ravella
22.04.2006
02H02

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