Chap. 5 : NOUVELLES DE LA CITÉ
Par Patrick Ravella, samedi 22 avril 2006 à 10:09 :: Marathon :: #272 :: rss
Style film engagé allégorique, mais à grands moyens quand même.
7
Petit matin.
Une esplanade interminable. Dans son prolongement, comme au centre d’un petit jardin incongru, le château d’eau. À l’autre extrémité, la bretelle d’autoroute en construction (ou destruction - en fait, de plus en plus on constate que la destruction est la plus plausible, ou l’abandon sine die de travaux qui ne seront jamais terminés.)
Tout le long de l’esplanade une barre d’immeuble continue, environ mille mètres de long, animée d’une légère courbe concave. Des dizaines d’entrées s’échelonnent sur tout le parcours.
À l’entrée la plus proche, la silhouette minuscule d’une femme s’avance. Selma.
Zoom avant vers elle, mais pas trop, pour garder la masse écrasante de l’immeuble qui s’étire. C’est une très belle femme noire vêtue de bleu. Rien qu’une blouse fonctionnelle très ordinaire, qui parfois semble devenir une tenue haute couture ou un boubou super élégant.
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Petit matin.
Une esplanade interminable. Dans son prolongement, comme au centre d’un petit jardin incongru, le château d’eau. À l’autre extrémité, la bretelle d’autoroute en construction (ou destruction - en fait, de plus en plus on constate que la destruction est la plus plausible, ou l’abandon sine die de travaux qui ne seront jamais terminés.)
Tout le long de l’esplanade une barre d’immeuble continue, environ mille mètres de long, animée d’une légère courbe concave. Des dizaines d’entrées s’échelonnent sur tout le parcours.
À l’entrée la plus proche, la silhouette minuscule d’une femme s’avance. Selma.
Zoom avant vers elle, mais pas trop, pour garder la masse écrasante de l’immeuble qui s’étire. C’est une très belle femme noire vêtue de bleu. Rien qu’une blouse fonctionnelle très ordinaire, qui parfois semble devenir une tenue haute couture ou un boubou super élégant.
Nouvelles de la cité
On voit qu’elle est seule, pas une autre présence humaine sur ce kilomètre de béton. Elle tient un balai et un seau de plastique, sans plus de conviction que si c’était des accessoires de théâtre. Elle va commencer à nettoyer ? Non, impossible ! Pas elle toute seule pour un kilomètre d’entrées d’immeubles. On ne voit plus que son noble profil à côté du balai, dont la brosse se trouve à hauteur de son visage. Elle s’exclame, d’une voix très forte, qui contraste avec son élégance, espérant peut-être qu’on va l’entendre dans tous les appartements – à moins que sa voix ne porte jusque dans les bureaux de l’urbanisme :
« Non mais qu’est-ce qu’ils m’ont fait ! Ils sont vraiment dégueulasses. Ils sont vraiment incroyables. C’est incroyable. C’est dégueulasse ! »
On ne voit pas ce qui est dégueulasse.
8
Selma a commencé son travail. Elle est à l’intérieur d’un hall d’entrée, elle nettoie la vitre sur laquelle est peint en gros chiffres le numéro 224. On remarque de nombreux impacts sur le verre. Là où la vitre est fêlée, Selma insiste avec un petit chiffon comme si elle pouvait nettoyer les cassures.
Aucun résultat. Elle crache sur le chiffon et recommence le travail.
De l’autre côté de la vitre, commencent à passer des coureurs en tenue sportive. On dirait ceux qui s’élançaient hier au soir, du haut de la bretelle d’autoroute. D’ailleurs ils traînent derrière eux les mêmes câbles de couleur qui les avaient empêchés de s’écraser la veille. Les coureurs disparaissent, mais les câbles restent en place, comme la figuration des trajectoires. D’autres coureurs sortent un peu de partout, passent et disparaissent à leur tour, les câbles s’entrecroisent de plus en plus sur l’esplanade en formant une sorte d’œuvre contemporaine involontaire.
On ne cherche pas à expliquer ce qu’il advient des coureurs, lorsque les câbles demeurent devant nous, bien tendus. Peut-être continuent-ils à tirer dessus, hors champ, en faisant du sur-place.
9
Selma continue à frotter la fêlure. Elle retire soudain le chiffon. Il y a du sang dessus, une petite et très jolie tache rouge. Selma porte son doigt à sa bouche.
« C’est dégueulasse. »
10
(La scène de trop à couper au montage et à mettre dans les bonus du DVD collector)
Sommet du château d’eau. Lever de soleil.
Jouvence est en train de prendre son petit déjeuner. Elle mange de bon cœur des trucs agréables, assise sous un parasol. Lux la prend en photo sous toutes les coutures. Ou plutôt non. On se rend compte dans son viseur qu’il ne photographie pas Jouvence, mais seulement les bonnes choses à manger qui sont étalées sur la table. Une brioche ronde. Un croissant bien aiguisé. Un magnifique verre de jus de fruit avec une paille époustouflante, des poires cuivrées, des pommes vernies, etc…
Enfin il cadre la bouche de Jouvence qui enfourne délicatement un petit bout de chocolat et qui dit, gênée par la nourriture :
« Arrête, tu vas grossir. »
Patrick Ravella
22.04.2006
10H10
On voit qu’elle est seule, pas une autre présence humaine sur ce kilomètre de béton. Elle tient un balai et un seau de plastique, sans plus de conviction que si c’était des accessoires de théâtre. Elle va commencer à nettoyer ? Non, impossible ! Pas elle toute seule pour un kilomètre d’entrées d’immeubles. On ne voit plus que son noble profil à côté du balai, dont la brosse se trouve à hauteur de son visage. Elle s’exclame, d’une voix très forte, qui contraste avec son élégance, espérant peut-être qu’on va l’entendre dans tous les appartements – à moins que sa voix ne porte jusque dans les bureaux de l’urbanisme :
« Non mais qu’est-ce qu’ils m’ont fait ! Ils sont vraiment dégueulasses. Ils sont vraiment incroyables. C’est incroyable. C’est dégueulasse ! »
On ne voit pas ce qui est dégueulasse.
8
Selma a commencé son travail. Elle est à l’intérieur d’un hall d’entrée, elle nettoie la vitre sur laquelle est peint en gros chiffres le numéro 224. On remarque de nombreux impacts sur le verre. Là où la vitre est fêlée, Selma insiste avec un petit chiffon comme si elle pouvait nettoyer les cassures.
Aucun résultat. Elle crache sur le chiffon et recommence le travail.
De l’autre côté de la vitre, commencent à passer des coureurs en tenue sportive. On dirait ceux qui s’élançaient hier au soir, du haut de la bretelle d’autoroute. D’ailleurs ils traînent derrière eux les mêmes câbles de couleur qui les avaient empêchés de s’écraser la veille. Les coureurs disparaissent, mais les câbles restent en place, comme la figuration des trajectoires. D’autres coureurs sortent un peu de partout, passent et disparaissent à leur tour, les câbles s’entrecroisent de plus en plus sur l’esplanade en formant une sorte d’œuvre contemporaine involontaire.
On ne cherche pas à expliquer ce qu’il advient des coureurs, lorsque les câbles demeurent devant nous, bien tendus. Peut-être continuent-ils à tirer dessus, hors champ, en faisant du sur-place.
9
Selma continue à frotter la fêlure. Elle retire soudain le chiffon. Il y a du sang dessus, une petite et très jolie tache rouge. Selma porte son doigt à sa bouche.
« C’est dégueulasse. »
10
(La scène de trop à couper au montage et à mettre dans les bonus du DVD collector)
Sommet du château d’eau. Lever de soleil.
Jouvence est en train de prendre son petit déjeuner. Elle mange de bon cœur des trucs agréables, assise sous un parasol. Lux la prend en photo sous toutes les coutures. Ou plutôt non. On se rend compte dans son viseur qu’il ne photographie pas Jouvence, mais seulement les bonnes choses à manger qui sont étalées sur la table. Une brioche ronde. Un croissant bien aiguisé. Un magnifique verre de jus de fruit avec une paille époustouflante, des poires cuivrées, des pommes vernies, etc…
Enfin il cadre la bouche de Jouvence qui enfourne délicatement un petit bout de chocolat et qui dit, gênée par la nourriture :
« Arrête, tu vas grossir. »
Patrick Ravella
22.04.2006
10H10

Commentaires
1. Le samedi 22 avril 2006 à 10:44, par Bill Stickers
2. Le samedi 22 avril 2006 à 11:11, par les josserand
3. Le samedi 22 avril 2006 à 12:25, par Elise Atini
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