Le temps que cela a pris à Jouvence pour faire l’épissure, Lux a coupé bien d’autres câbles. Des dizaines. Jouvence enjambe comme une reine les morceaux tombés au sol. Ce sont des serpents foudroyés à sa vue. Elle se retourne et, comme si aucune tâche impossible ne pouvait la rebuter, elle prend les brins et les rattache deux à deux. Seulement elle n’a pas fait attention. Elle a noué entre eux des câbles étrangers, on le voit car les deux bouts ne sont pas de la même couleur.
À la fin, elle renonce tout de même, et les deux personnages continuent d’avancer, laissant derrière eux une filature dévastée.

17
Intérieur. Entrée 608. Le numéro apparaît sur la vitre.

Selma nettoie très lentement le sol de cette entrée. Elle ramasse une épingle et la plante dans sa manche. Il y en a déjà deux ou trois plantées là. On voit passer Lux et Jouvence de l’autre côté de la vitre, environnés de morceaux de câbles qui tombent autour d’eux, comme des épis dans un champ fauché.
Selma : « Dégueulasses ! »
Elle sort.
Lux et Jouvence lui sourient. Puis ils se détournent et continuent tranquillement leur chemin.
Selma regarde l’allée de béton recouverte de câbles coupés, et commence à la remonter en la balayant. Le balai minuscule affronte sans se poser de question le monstrueux désastre des câbles coupés.


18
Parvis de la barre, à hauteur du 224.

On voit sur le sol le mouchoir taché avec la petite goutte de sang.
Lux a installé son appareil photographique et prend le parvis en enfilade. De son côté, Selma a bien avancé, elle a dégagé des centaines de mètres avec son petit balai. On ne sait pas où elle a mis les cordes, car il n’y a absolument plus rien sur la partie qu’elle a balayée.

19
Parvis de la barre

Selma arrive au bout de l’allée. Au bout du kilomètre.
Le sol est entièrement débarrassé de tout. Il n’y a plus qu’une petite épingle tombée qui brille dans le soleil et agace la balayeuse avec un reflet qui vient lui faire cligner les yeux. Elle la ramasse. Elle la plante avec les trois autres qui sont déjà sur la manche de la blouse. Elle essuie ses mains sur ses cuisses. Elle fait demi-tour, le balai à la main, qui se balance nonchalamment comme un sceptre. Le seau toujours vide dans l’autre main. Elle reprend l’allée en sens inverse.



Patrick Ravella
22.04.2006
14H14