Guigues roule.
Par P.O Dittmar, samedi 22 avril 2006 à 21:28 :: Marathon :: #322 :: rss
Nouvelle contrainte :
Sur la photo, Boudda raconte en mangeant « moi j’ai deux mamans, une maman machine à coudre et une maman forêt bananes ».
Guigues marche dans ce tunnel où l’air est irrespirable. Ses sens, appauvris par des années de solitude, sont débordés. Frôlé par les poids lourds qui passent le klaxon enfoncé, il prend pour la première fois conscience physiquement de la possibilité de sa mort (elle n’avait été jusqu'à présent qu’un abstrait objet de prière).
Guigues est sorti du tunnel. Il fait quelques pas, un peu groggy par l’expérience qu’il vient d’éprouver ; il rejoint un carré d’herbe verte qu’il devinait depuis le tunnel, s’allonge.
Son cœur palpite, ce qu’il ne lui était pas arrivé depuis des années. En se calmant, il regarde la bouche sombre du tunnel dans la roche calcaire. Il repense à sa discussion du matin avec le Père Bède et se trouve conforté dans son sentiment. Tout ce qui lui semblait faux il y a quelques heures encore lui semble toujours aussi faux, l’abbaye, le lac… Guigues regarde encore son tunnel et se dit que ce qu’il vient de vivre est sûrement plus vrai. Un camion passe, il se demande si c’est mieux.
Guigues regarde le ciel et, de fatigue et de lassitude, s’endort sur l’herbe.
Une voiture s’arrête au bord de la route. Un jeune stylé traveller en sort et se dirige vers Guigues. Il s’approche de l’ancien moine et le touche. Guigues se réveille.
-Ça va ?
Guigues, un peu endormi :
- ça va merci.
-vous êtes perdu ?
-non pas vraiment…
-vous voulez que je vous dépanne ?
-oui, peut être.
-ben monte alors.
Guigues s’installe à la place du passager. Le conducteur démarre. Comme Guigues est un peu brassé par les relents de gazoil du tunnel et la conduite du traveller, il cherche à ouvrir la fenêtre. Il tourne la manivelle de la 205 rouge défraîchie, sans succès. Le conducteur pile et se gare brusquement au bord de la route.
-désolé, c’est cassé.
Le conducteur, sort, fait le tour de la voiture, ouvre la portière, ôte le carter de plastique à l’intérieur, accède au mécanisme, et finalement descend la fenêtre.
-elle est un peu vieille.
Le traveller reprend le volant. Il roule vite. Guigues est fasciné par l’enchaînement des virages, les arbres qui filent et le bitume qui glisse sous la voiture. Il voit nettement le bitume comme un grand ruban qui serpente. Cette forme lui semble intéressante.
Guigues a maintenant un peu froid. Il préférait que la fenêtre soit fermée. Il ne dit rien.
-vous allez où ? demande Guigues.
-Franchement, tu vois, j’ai pas vraiment d’plan… C’est comme tu veux…
Guigues vient de remarquer sur le siège arrière une peluche de macaque, et la réponse du conducteur ne le rassure pas.

Commentaires
1. Le samedi 22 avril 2006 à 23:44, par dôdessuan
2. Le samedi 22 avril 2006 à 23:57, par Bill Stickers
3. Le samedi 22 avril 2006 à 23:57, par Leïla
4. Le dimanche 23 avril 2006 à 00:23, par latoutepetite
Ajouter un commentaire