END ZONE (Etape 4)
Par Xavier Picouf, dimanche 23 avril 2006 à 00:02 :: Marathon :: #325 :: rss
Une fin d’après-midi comme tant d’autres...
Arthur rentre de l’école avec ses sœurs. Mais en arrivant chez lui, après avoir tourné la clé dans la serrure, il s’aperçoit qu’il est seul ; ses sœurs ont disparu. Il pensait également avoir un sac à dos, mais il a dû le poser tout de suite en rentrant car il ne le porte plus. Il traverse le couloir, passe devant la cuisine, mais il a l’impression qu’on lui a lesté les chevilles tant il se sent ralenti dans sa progression, acculé par l’atmosphère qui règne dans chacune des pièces qu’il visite. Son petit corps ploie sous l’action d’une force invisible… Presque par réflexe, il tente de prendre appui sur les murs, mais ceux-ci semblent poreux, suintants, comme si la maison s’était transformée en un organisme malade. Aucune prise n’est possible, il ne parvient même pas à emprunter les escaliers qui mènent à sa chambre. Un autre phénomène angoisse le petit garçon. Malgré le jour encore jeune, l’obscurité règne, ce qui est assez inhabituel. Il voudrait réclamer de l’aide auprès de ses sœurs, de ses parents, mais la maison semble déserte, vide, de sens, d’amour, et de certitudes… Son instinct le pousse désormais à hurler sa peur, mais ses cordes vocales ne vibrent plus… Il est muet. Impuissant comme un archer sans flèches face à cette présence à la fois menaçante et familière… Le docteur Kowalsky.
Le docteur Kowalsky se tient là, dans un coin du séjour. L’expression de neutralité qui transpire de son visage est restée la même, mais cette fois-ci, Arthur n’y trouve aucun réconfort. L’enfant sait pourquoi le docteur lui fait signe d’approcher ; au fond de lui, il connaît les raisons de la présence du médecin, il connaît le dénouement de cet épisode. Par la main, il saisit l’enfant qui se laisse attirer, comme un aimant, vers l’unique exhalaison de luminosité que prodigue le corridor… Kowalsky le conduit à la salle de bains. Arrivé sur le seuil de la porte, le jeune garçon est proche de la rupture. Il lui semble que son petit corps va exploser sous la pression du déluge qui menace de s’abattre sur lui d’un moment à l’autre lorsque le médecin poussera la porte d’un revers de manchette, avec toute la résignation que l’enfant lui connaît…
Arthur trouvera sa mère dans la baignoire, où elle se sera écroulée environ dix heures plus tôt, terrassée par un arrêt cardiaque, alors qu’elle était en train de se préparer pour partir travailler, et qu’Arthur, les fillettes et leur père viendraient de quitter la maison les après les autres, chacun partant à l’assaut de sa journée. Si elle n’avait pas été seule au moment du drame, elle aurait peut-être accueilli son fils ur le perron. Mais le vrai coupable de ce qu’il s’est passé, c’est le docteur Kowalsky, maintenant Arthur en est sûr. C’est lui qui devait soigner sa mère ; le même docteur Kowalsky qui garde Arthur de faire ceci ou cela…
Alors l’enfant se jette sur le médecin, pour le griffer, le mordre, lui faire payer...
Et surtout ne plus voir ces jambes habillées de bas et de chaussures à talons dépasser de la baignoire.
Arthur se réveille brutalement, en sursaut, et en hurlant à qui viendrait l’extirper du pire cauchemar de sa vie.

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