Simon prenait rarement ses trains dans les temps. Souvent, il courait, suait, pestait et s'engouffrait dans le wagon au moment où la porte se fermait. Parfois, il voyait le train lui filer sous les yeux. La colère le soulevait alors et il frappait du pied tout ce qui lui tombait dessus ; une canette oubliée, un caniche, son sac de voyage. Une fois même, il avait violemment heurté le composteur qui symbolisait la rigidité de la sncf et des temps modernes à laquelle il se soumettait avec trop de bienveillance ; 3 semaines de plâtre.
Simon le savait, il voulait faire trop de choses, il bourrait les heures comme son père jadis le coffre de la voiture familiale les jours de grand départ. Ce père qui mettait un point d'honneur à ne rien laisser de ce qu'avait prévu sa femme, quitte à laisser ses enfants dans l'inconfort, une fesse sur la banquette, l'autre sur la malette à pharmacie.
Simon pouvait s'emporter dans des proportions déraisonnables lorsqu'il s'agissait de vétilles, comme rater un train ou une sortie d'autoroute. Son sens commun se recroquevillait en boule dans un coin reculé de son cerveau, tremblant, les oreilles à l'arrière et la rage prenait le commandement. Simon vitupérait ainsi contre lui-même et contre l'ordonnancement du monde et ne souffrait pas qu'on puisse lui venir en aide. Chaque parole de réconfort et d'appel au calme lui cinglait le visage. Il avait alors la force d'un titan car il n'était soutenu par aucune raison. Il réglait ses comptes à sa boulimie et balayait quiconque se mettait sur son passage. Sa violence était d'autant plus grande que l'argument était futile.
Ainsi, il pouvait garder son sang froid pour les occasions sérieuses, les situations dites de crise, pendant lesquelles nombre d'amis recherchait sa clairvoyance et ses conseils judicieux.