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[H]AUTEURS | NODE ZONE | SPUTNIK PROCESS | LÀ HORS DE

mardi 19 décembre 2006

Les (h)auteurs

la nouvelle tentative de texte collectif, c'est ici !

    Pour commencer, je fais place nette; j'élague, je vidange, je jette.
  Get 27 derrière la cravate, tiré à quatre épingles, j'en jette, nouvelle pioche, as de trèfles...
   Ça ne vaut pas tripette, autant dire des nèfles, un trip de tapette, tant pis, je me sers une anisette à l'eau, je me jette.
    À la table taquine du Poker, le Joker menteur s’amuse à me narguer d’un narguilé d’anis étoilé dans le fond de son oeil dilué.
   Une rouquine roucoule et demande une carte, je m'écarte, elle montre son jeu, songeur, je me démonte : quatre dames...
  ... d'accord... Mon brelan n'y peut rien, mais je tiens ma revanche, on enchaine sur un strip... Cependant une question me dérange... Ce matin, ai-je enfilé un slip???!
    Je flippe, le flash de ma chair flapie sous les papilles de la fille à chevelure de feu se faufile sous mon front, je feule "fuck" et mon souffle fait vaciller ses faux cils.

jeudi 11 mai 2006

Les (h)auteurs

Lecture en auto-(im)mobile du 17 mai


La contrainte d'écriture est...

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vendredi 16 décembre 2005

Les (h)auteurs

Les perspectives de la ville - cadavres exquis collectif à partir de Ramon Gomez de la Serna, Le roman du romancier


André sortit de sa résidence officielle pour gagner une des maisons mystérieuses et inhabitées qu’il avait en ville et que personne ne connaissait. Depuis qu’il s’était senti la vocation d’écrire, il avait compris qu’un véritable romancier a besoin de découvrir les perspectives de la ville depuis des points de vue différents. De la sorte, il deviendrait un romancier varié. Son art lui permettrait d’écrire des histoires dans différents petits appartements dont les balcons seraient sous d’autres lumières et donneraient sur d’autres quartiers. Il avait ainsi dans Madrid quatre appartements pauvres - dont l’un mansardé. Les tables y étaient couvertes de poussière. Pourtant il avait commencé plusieurs romans.
Son appartement mansardé était situé sur les hauteurs. Il s’y rendait les après-midi, lorsqu’il faisait trop chaud pour écrire, trop chaud pour faire la sieste, trop chaud pour tout. Assis à son bureau, face à la fenêtre, il laissait reposer ses yeux sur cette surface immense de toits, de zinc hostile, brûlant au milieu des journées d’été. D'ici la ville lui apparaissait comme une plaine immense et grise, un cortex de zinc.



Ses réflexions étaient rythmées par les éternuements que provoquaient les petites particules qui dansaient dans la lumière, et il aimait croire que cette réaction physique était due au remue-ménage des idées dans sa tête. Oui, son stylo d'écrivain était le plumeau qui fouillait chaque recoin de son labyrinthe intérieur, soulevant des nuages de souvenirs qui lui irritaient les cloisons nasales comme un poivre exotique.

La prochaine fois, il emporterait un mouchoir. Son père en possédait de magnifiques, d'immenses pièces de lin blanc marquées à ses initiales, J.M.A.D.S.T.D.M.F, ce qui, pour le plus grand malheur de la brodeuse, formait une série impressionnante de consonnes et de voyelles censée rappeler au premier imbécile venu qu'il avait devant lui, en chair et en os, ce grand ivrogne de José Miguel Antonio de Santa Trinidad del Mil Fontaines, et qu'il lui devait le respect.
A l'évocation de son père, André sut qu'il n'aurait pas trop de quatre maisons pour varier ses points de vue. S'il voulait être un vrai romancier, il lui faudrait chasser de vieux démons, et cette tâche lui parut soudain incroyablement difficile car de sa vie, de ses rêves et de son destin, rien ne résistait à l'écrasant fantôme de José Miguel Antonio de Santa Trinidad del Mil Fontaines, dont les grands mouchoirs blancs ressemblaient à des linceuls.

La poussière semblait se tasser sous sa langue comme un petit tas de cendre et André se pencha au balcon pour cracher. Qu’était-il devenu d’autre que l’incinérateur des frasques de son père ?



La rue engloutit son amertume et il lui envia son indifférence nonchalante. Il sentit que la perspective de cet appartement serait philosophique : le surplomb lui donnait une vue d’ensemble sur l’entrelacs des ruelles, à distance du flot de vie qui circulait chaotiquement d’un passant à l’autre. Ici, ses mots seraient synthétiques. Son roman serait une œuvre réfléchie, fruit de ses expériences mais surtout des leçons qu’il en aurait tirées. Seulement, n’était-il pas un peu trop jeune pour écrire un roman de maturité ?


« La ville est morne et lasse et ne se défend plus ». Par la fenêtre de son appartement, son regard parcourait ces failles creusées dans le calcaire gris.
Écrire sur la ville.
Écrire la ville. Voilà qui l'éloignerait temporairement des insinuations paternelles qui le poursuivaient depuis sa mort, depuis la farce qu'avait été son enterrement... Mais assez. La ville le conduirait à l'enterrement et à l'aberration de ces mille visages hypocritement froissés derrière leurs mouchoirs blancs quand elle le jugerait prêt.

« La ville est morne et lasse et ne se défend plus ». Sûrement, on avait tout pris à l'envers. Madrid était issue d'une longue défaite du paysage, d'une soumission. Dans ce plateau passif, ce corps violé, les hommes s'étaient enfoncés, à force de passage, de frottement. En se succédant inlassablement sur les mêmes lieux, de mères en filles et de pères en fils, ils avaient usé la roche, creusé des chemins, des ravines, des vallées enfin. Ils avaient, pendant des siècles, emprunté les même trajets pour se rendre le matin au travail, le soir (car lassés du travail) à des rendez-vous galants et la nuit (car lassés des rendez-vous galants, quittant des intérieurs devenus silencieux) ailleurs.


André voulait se servir de son regard comme d'une sonde et fouiller jusqu'aux strates que la ville essayait de cacher. Il cherchait, du balcon, à soustraire son regard des reflets brillants des toits pour s'enfoncer plus profondément dans la chair de l'architecture.
En bas, le soleil ne pénètrait que par accident, au bénéfice d’une orientation favorable : grandes coulées de lumière que chacun goûtait comme un événement. Toujours plus bas, toujours plus profond. Les passants semblaient glisser sur les trottoirs mais chaque pas enlevait quelques millimètres de bitume. Dans ces rues, ce n'était pas sur des couches successives de morts, d'ancêtres, que l'on marchait, mais dans leurs pas ; dans des rues que bon an mal an ces derniers avaient creusé ; dans des rues, leurs lits de pierre.
André sentit que sa vision était incomplète et que, du balcon, une partie de la perspective lui échappait. Il s'entraîna alors à l'ubiquité. Il se projeta en bas, ses semelles dans les pas arrachés au bitume, et il s'imagina levant la tête pour distinguer sa silhouette sur le balcon. D'en bas, la mémoire était verticale. En cherchant la lumière, en se haussant, le regard croisait les strates anciennes. Ces cellules abandonnées, tout là haut – les anciens niveaux de sol. Dans les parois, comme fossilisées, des traces de luttes oubliées, des corps de craie. La succession de ressacs et d'encorbellements trahissait la résistance du milieu, le combat renouvelé à différentes périodes, entre la pierre et les autres, qui continuaient à creuser.

C'était l'heure de la sieste et Madrid semblait abandonnée. L'heure où les failles devenaient irrespirables et où l’humanité vivait dans les parois du monde. Elle ne pratiquait les rues que poussée par la nécessité. En fait, la ville de demain existait déjà, alors même que rien ne semblait avoir changé. Le sol était rongé et le futur avait son décor. Des tuyaux sous la terre, obscurs mais bien frais.
Perdu dans ses visions d’obscurité et de souterrains, André n’y voyait plus rien. C'est que la nuit était tombée dans les rues. Le moment qu’il préfèrait : cette demi-heure où chaque soir sa vision se réalisait avec le plus de justesse ; quand le soleil devenu doux enluminait encore les toits, sa mansarde avec, et qu’en bas déjà milles petits feux luttaient pathétiquement contre l’obscurité.
Lorsque son appartement était à son tour devenu sombre, Ramon se levait de son bureau, fermait la porte de la mansarde à double tour, et descendait par les escaliers.




Il reprenait alors le cours d'une autre vie, coulant ses pas dans les pas d'une âme grise dont l'appartement donnait sur l'avenue la plus bruyante de Madrid. Pour l'atteindre, le plus dur n'était pas de traverser la ville mais de parvenir à se glisser entre les corps fébriles, couples acharnés à se frotter l'un à l'autre, vieilles catoles épanouies par un récent veuvage, et tous ces jeunes, à peine sortis de l'enfance, éblouis comme des papillons par les lumières de ville vampire.