Nous continuons d’échanger nos blagues et l’état d’avancement de nos travaux par téléphone avec Marie Christmas. Elle a conquis son mécène et peut passer de l’idée à la réalisation sans angoisse matérielle. Elle aura de vraies plantes à foison mais devra renoncer à laquer les vitres en bleu. Les belles paresseuses ont besoin de lumière pour étaler leurs jambes. La superposition de la jungle végétale avec la jungle urbaine sera plus immédiate. Marie-Noëlle peine aussi à trouver sa peinture. Je lui propose des seaux de caca d’oie de récupération (une activité florissante dans la famille). Avec du pigment, cela devrait faire l’affaire ; elle accepte vu les prix affichés par les enseignes de bricolage. Je charge les deux gros pots dans sa voiture, mes reins couinent. Elle prend aussi un petit pot de vert menthe qu’elle voit bleu. « L’anti-mouches idéal qui prospère dans les pays de la Méditerranée » me dit-elle. Comment ai-je pu acheter une telle couleur ? À quoi pensais-je ? Une nouvelle preuve de la volatilité de nos envies …
Marie-Noëlle a décidé de casser les cloisons et de peindre avec son amoureux. Je n’ai pu la dépanner avec une scie circulaire, elle s’est rabattue sur un haltère que lui a fourni La Hors de. Le soir, elle me demande si je ne connaîtrais pas un technicien efficace et équipé ; elle a les bras en compote, ma peinture est un jaune pisseux impossible à teindre, l’haltère n’a fait que rebondir sur les parois en bois et son amoureux est assurément un homme d’esprit. Bref, tout reste à faire. Enfin, non, elle a tout de même lessivé et passé l’anti-mouches. La satisfaction est maigre mais salutaire ; elle permet de poser un premier jalon et d’en rire. J’imagine la scène torride du couple ivre de peinture et d’amour dans l’appartement #31 du quatrième étage