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Mon Blog

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déc 21
2005

Librairie? Auteurs?

Posté par Frédérick Houdaer in non classé 

Frédérick Houdaer
Merci à Blandine Longre (www.sitartmag.com) de m’avoir fait parvenir ce message signé Claude Duneton

''Claude Duneton
17 rue Sextius-Michel
75015 Paris

le 12 décembre 2005

Chers amis, chères amies,
Nous allons fonder à quelques-uns, à Paris, une petite librairie d'écrivains. Cela afin de protester bien timidement et très symboliquement contre la vente qui va devenir exclusive, des livres dans de grands machins qui ne reçoivent déjà plus les représentants des éditeurs, et où les ouvrages " écrits par l'auteur " n'apparaissent plus, ou pendant quelques semaines fugitives, quelle que soit leur qualité.
Je propose du reste que soit créé un label Écrit par l'auteur, sur le modèle de " Poulet de plein air " ou du " Veau élevé sous la mère " !
Cette librairie qui pourrait avoir pour enseigne LA LUCARNE DES ÉCRIVAINS " (mais c'est secondaire), sera animée par un libraire hautement qualifié et de grande expérience, lui-même lexicographe, auteur de l'excellent Dictionnaire des rimes et des assonances dans les usuels Robert ce qui, en soi, est un symbole ! Par ailleurs les écrivains adhérents, assurés d'avoir leurs propres livres disponibles dans la librairie, seront conviés à aider selon leurs goûts et préférences au rayonnement du lieu par des causeries, rencontres, signatures, et autres pieds au mur de leur invention.
Pour ce faire, nous fondons une Association, comme n'importe quel club de pêcheurs à la ligne, afin de collecter les premiers fonds et peut-être attirer des Aides qui constitueront l'amorce d'une coopérative " écrivicole " semblable à celle des autres éleveurs. Voulez-vous participer pour une somme significative sans être exorbitante ? (À titre indicatif, personnellement j'avance 3 000 euros, mais ça peut être plus ou moins). Nous souhaitons ardemment que les meilleurs s'unissent à nous dans cette aventure métaculturelle qui, si elle réussit, pourrait faire des petits (bien entendu élevés sous la mer, ou à la rigueur sous la mer des indifférences). Groupons-nous et demain nous verrons bien !
Faites connaître au plus vite la sympathie que vous inspire le projet soit à mon adresse, soit chez Armel LOUIS, 18 rue Auguste-Gervais, 92310 ISSY-Les-MOULINEAUX. Et joyeux Noël dans tous les cas !
Bien cordialement à vous tous.

Claude Duneton.''
déc 21
2005

CHOSE VUE

Posté par Frédérick Houdaer in non classé 

Frédérick Houdaer
Voici un témoignage signé de l’écrivain Jean-Jacques Reboux http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Reboux|fr
qui m’a été transmis via Internet par Marcus Malte http://www.zulma.fr/AuteursDetail.asp?Id_Personne=193|fr
Il me semble avoir doublement, triplement sa place sur ce blog des (h)auteurs.

''Bonjour, Ceci est un témoignage sur un incident vécu aujourd’hui dans une ANPE de la République Médefrançaise, et qui en dit long sur la dangerosité des fieffés salopards qui gouvernent le pays. Vous pouvez bien sûr le diffuser autant que vous voulez autour de vous. Je ne sais pas si “l’incident” ci-après raconté (totalement véridique, contrairement à ce qu’on pourrait croire…) a eu des précédents dans d’autres ANPE de France et/ou s’est répété ailleurs, ou va se répéter. Il est fort à craindre que oui, hélas… Quoiqu’il en soit, il est important que l’information circule. Cordialement Jean-Jacques Reboux Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir chômeur de longue durée allocataire de l’ASS (allocation spécifique de solidarité)
Aujourd’hui, mardi 13 décembre 2006, je viens d’assister à un “spectacle” hallucinant à l’ANPE de la cité Charles Godon, Paris, 9e arrondissement. Convoqué à 14 heures pour un entretien individuel destiné, dans le cadre du plan de reconversion villepin-machin-bidule, “à voir avec vous les modalités d’une reconversion, etc” (n’ayant pu garder la convocation, je ne me souviens plus du terme exact, mais c’était dans le style “on ne répond pas au gentil RV? radié!), je trouve devant l’ANPE un attroupement de trente personnes environ.Une manif? Non. Des chômeurs attendant l’ouverture des portes, tous convoqués au même “entretien individuel dans le cadre du plan de reconversion machin-bidule…”
La dame de l’accueil nous invite à rejoindre la salle du 1er, où a lieu la “réunion”. Ah? une réunion? C’est vrai que pour un entretien il faut être au moins deux, et qu’à partir de deux, on peut parler de “réunion”… Cinq minutes plus tard, nous nous retrouvons à 57 chômeurs – je dis bien 57! j’ai compté ! – entassés dans une salle de 30 places, pas assez de chaises, je vous passe les détails. Et là, surprise !!! Une autre dame de l’ANPE arrive, pas très à l’aise (et surtout, pas un mot de présentation!) : “Mesdames et messieurs, voilà… Dans le cadre du plan de reconversion machin-bidule, l’ANPE vous propose de participer à un stage de 200 heures…
Une voix s’élève dans la salle : – Euh, pardon, madame, sur la convocation, c’est écrit “entretien individuel”! C’est quoi, ce délire? Le ton monte dans la salle. On s’aperçoit tous qu’on a reçu la même convocation pour un entretien individuel.
La dame de l’ANPE, gênée : – Non, non, c’est une erreur. Il s’agit bien d’une réunion, une réunion de préparation à un stage…
– Mais quel stage? On n’a pas demandé de stage!
– Un stage réservé aux bénéficiaires de l’ASS…
– Madame, je ne suis pas allocataire de l’ASS, pourquoi ai-je été convoqué?
– Ah, euh ! Y a-t-il d’autres personnes dans ce cas ?
Cinq ou six personnes lèvent la main.
– Si vous n’êtes pas bénéficiaires de l’ASS, signalez-le au dos de votre convocation et rentrez chez vous, vous ne serez pas “inquiété”. (Je reprends le terme entendu : “inquiété”, peut-être seulement un “lapsus” de la part de cette employée de l’ANPE qui était elle-même très très mal dans sa peau, mais tout de même…)
Re-chahut dans la salle. Tout le monde commence à s’énerver. Ça chauffe.
– Mais pourquoi c’est pas écrit sur la convocation! Qu’est-ce que c’est que ce stage ?
Et c’est alors… suspense, suspense… que la dame de l’ANPE, de plus en plus paumée et débordée de toutes parts (et de surcroît ne parlant pas très fort), nous informe que le stage démarre le 14 décembre à 10h, c’est-à-dire… LE LENDEMAIN MÊME!!!
Chez les chômeurs, c’est l’escalade.
– Scandaleux! Inadmissible!
– Et qu’est-ce qui se passe si on ne peut pas aller au stage? On est radiés des listes? Vous rouvrez Cayenne ?
Pas besoin d’être grand-clerc pour deviner que ces messieurs du gouvernement vont profiter de cette sinistre plaisanterie pour radier quelques chômeurs de plus. Multiplions 57 par le nombre d’agences locales pour l’emploi – à supposer que ce scandaleux abus de pouvoir de l’administration se soit reproduit le même jour dans toutes les autres ANPE de la MédeFrance, et je ne vois objectivement aucune raison pour que cet incident fâcheux ait été circonscrit au 9eme arrondissement de Paris.
La dame de l’ANPE, de plus en plus gênée, essaie de reprendre la parole.
– Euh, les gens qui n’ont rien à faire à ce stage peuvent nous l’écrire au dos de convocation, et repartir!
Les questions fusent.
– Et quand on a un travail à temps partiel? Et quand on a un rendez-vous professionnel? Vous pourriez nous parler un peu du contenu de ce stage? Vous vous foutez de nous, là! Vous pensez qu’on peut se libérer comme ça du jour au lendemain! C’est honteux!
Un chômeur très excité prend la salle à témoin et se met à crier. – Ce genre de procédé ressemble à une rafle, madame!… Chômeurs, vous avez 12 heures pour préparer vos bagages… C’est de la basse-politique!
Et voilà comment l’on traite les gueux dans la France de M. de Galouzeau de Villepin. Pour ma part, j’ai eu de la “chance” : dans un mois, je crée mon entreprise (et mon propre emploi) et vais par conséquent pouvoir échapper au jeu de massacre en m’autoradiant des listes de l’ANPE/ASSEDIC. Dix minutes plus tard, dans un bordel indescriptible, je quitte la salle après avoir indiqué que je n’avais rien à faire dans ce stage, suivi ou précédé par quelques autres.
Mais que vont devenir mes collègues les 57 pékins? Que va-t-il arriver à tous les chômeurs qui, pour une raison ou une autre, ne pourront être présents LE LENDEMAIN MATIN à Montrouge ou à Pétaouchnok, pour commencer un stage-poubelle-flicage de 200 heures (vous avez bien lu : deux cents!) parce qu’ils sont déjà un rendez-vous ailleurs, parce qu’ils ont un môme à garder, ou pour toute autre raison? Combien, de guerre lasse, écœurés par l’attitude despotique d’une administration aux ordres de l’homme-qui-voudrait-le-scalp-de-Sarkofacho et dont le seul but est de dégonfler les statistiques des chômeurs, vont se retrouver sur la touche, devenir RMIstes. (Ah, si seulement tous ces chômeurs pouvaient avoir la bonne de laisser broyer par leur désespoir et se jeter sous le métro, c’est ça qui serait chouette! On a eu les vieux il y a 2 ans : bientôt les chômeurs? La méthode utilisée ce 13 décembre 2006 me paraît annoncer les prémices du néo-fascisme sarkozo-libéral en train de s’enraciner dans la République Médefrançaise.)
Quelques minutes plus tard, je profite de mon passage à l’ANPE pour caser un autre entretien, un vrai, cette fois, avec une employée que je tiens informée de l’état d’avancement de ma création d’entreprise et à qui j’apprends la chose, comme quoi il y a un début de “soulèvement”… (j’exagère à peine, j’ai quand même vu une femme pleurer, beaucoup de visages livides, de poings serrés, et je pense sincèrement que si, au moment où la dame de l’ANPE empêtrée dans son rôle d’agent/bouc émissaire nous a appris que nous étions attendus
LE LENDEMAIN MATIN pour une stage-poubelle-flicage, sinon, radiés, mes cocos! un joyeux lutin nous avait mis à chacun un cocktail Molotov entre les mains, je n’aurais pas été le seul à le fracasser contre le mur de l’Institution). L’employée de l’ANPE me répond alors d’un air consterné : “Et ça ne fait que commencer, monsieur ! Les politiques mettent de plus en plus le nez dans nos dossiers.
C’est effarant. C’est l’horreur. On ne sait plus quoi faire…” Je compatis (un comble, c’est tout de même moi le chômeur… même si grâce à un an de travail obstiné je ne le serai plus dans un mois…)
Eh, les chômeurs, qu’est-ce qu’on attend pour aller foutre le feu au ministère du Travail? La nuit de Varennes, la vraie, elle commence quand? C’est par où, l’insurrection? Bastille? Nation? Le Père Lachaise ?
Villipendons le Villepin!
Chirazons le Chirac!
Araisonnons la Brute Épaisse de Beauvau!
Desipsosisons la Parisot!
PS. Je donnerais cher pour avoir le nom et l’adresse du crâne d’œuf sadique qui a eu l’idée géniale de cette mise en scène… Je suis sûr que ce salaud habite du côté de Neuilly-sur-Seine ou de Passy, et qu’il n’a jamais eu faim ni froid!

Jean-Jacques Reboux
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déc 20
2005

J'oscille...

Posté par Judith Lesur in non classé 

Judith Lesur
entre indignation conjoncturelle
indifférence circonstancielle
circonspection naturelle
aversion visuelle
cynisme usuel
lâcheté criminelle
ennui sacrificiel
ironie existentielle
parano artificielle
doute exponentiel
écoeurement événementiel
ricanement démentiel

FUCK NOËL !
déc 20
2005

Je balance...

Posté par Frédérick Houdaer in non classé 

Frédérick Houdaer

Je balance… les lyonno-lyonnais qui pénéloppent du bon travail sur la toile (et ailleurs). Pour commencer, le poète Michel Thion ici. Puis l’ami Dominique qui sait si bien parler de cinéma et vous souhaite la « Bienvenue à Palma ».

déc 16
2005

Les perspectives de la ville - cadavres exquis collectif à partir de Ramon Gomez de la Serna, Le rom

Posté par 0 in non classé 

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André sortit de sa résidence officielle pour gagner une des maisons mystérieuses et inhabitées qu’il avait en ville et que personne ne connaissait. Depuis qu’il s’était senti la vocation d’écrire, il avait compris qu’un véritable romancier a besoin de découvrir les perspectives de la ville depuis des points de vue différents. De la sorte, il deviendrait un romancier varié. Son art lui permettrait d’écrire des histoires dans différents petits appartements dont les balcons seraient sous d’autres lumières et donneraient sur d’autres quartiers. Il avait ainsi dans Madrid quatre appartements pauvres - dont l’un mansardé. Les tables y étaient couvertes de poussière. Pourtant il avait commencé plusieurs romans.
Son appartement mansardé était situé sur les hauteurs. Il s’y rendait les après-midi, lorsqu’il faisait trop chaud pour écrire, trop chaud pour faire la sieste, trop chaud pour tout. Assis à son bureau, face à la fenêtre, il laissait reposer ses yeux sur cette surface immense de toits, de zinc hostile, brûlant au milieu des journées d’été. D'ici la ville lui apparaissait comme une plaine immense et grise, un cortex de zinc.



Ses réflexions étaient rythmées par les éternuements que provoquaient les petites particules qui dansaient dans la lumière, et il aimait croire que cette réaction physique était due au remue-ménage des idées dans sa tête. Oui, son stylo d'écrivain était le plumeau qui fouillait chaque recoin de son labyrinthe intérieur, soulevant des nuages de souvenirs qui lui irritaient les cloisons nasales comme un poivre exotique.

La prochaine fois, il emporterait un mouchoir. Son père en possédait de magnifiques, d'immenses pièces de lin blanc marquées à ses initiales, J.M.A.D.S.T.D.M.F, ce qui, pour le plus grand malheur de la brodeuse, formait une série impressionnante de consonnes et de voyelles censée rappeler au premier imbécile venu qu'il avait devant lui, en chair et en os, ce grand ivrogne de José Miguel Antonio de Santa Trinidad del Mil Fontaines, et qu'il lui devait le respect.
A l'évocation de son père, André sut qu'il n'aurait pas trop de quatre maisons pour varier ses points de vue. S'il voulait être un vrai romancier, il lui faudrait chasser de vieux démons, et cette tâche lui parut soudain incroyablement difficile car de sa vie, de ses rêves et de son destin, rien ne résistait à l'écrasant fantôme de José Miguel Antonio de Santa Trinidad del Mil Fontaines, dont les grands mouchoirs blancs ressemblaient à des linceuls.

La poussière semblait se tasser sous sa langue comme un petit tas de cendre et André se pencha au balcon pour cracher. Qu’était-il devenu d’autre que l’incinérateur des frasques de son père ?



La rue engloutit son amertume et il lui envia son indifférence nonchalante. Il sentit que la perspective de cet appartement serait philosophique : le surplomb lui donnait une vue d’ensemble sur l’entrelacs des ruelles, à distance du flot de vie qui circulait chaotiquement d’un passant à l’autre. Ici, ses mots seraient synthétiques. Son roman serait une œuvre réfléchie, fruit de ses expériences mais surtout des leçons qu’il en aurait tirées. Seulement, n’était-il pas un peu trop jeune pour écrire un roman de maturité ?


« La ville est morne et lasse et ne se défend plus ». Par la fenêtre de son appartement, son regard parcourait ces failles creusées dans le calcaire gris.
Écrire sur la ville.
Écrire la ville. Voilà qui l'éloignerait temporairement des insinuations paternelles qui le poursuivaient depuis sa mort, depuis la farce qu'avait été son enterrement... Mais assez. La ville le conduirait à l'enterrement et à l'aberration de ces mille visages hypocritement froissés derrière leurs mouchoirs blancs quand elle le jugerait prêt.

« La ville est morne et lasse et ne se défend plus ». Sûrement, on avait tout pris à l'envers. Madrid était issue d'une longue défaite du paysage, d'une soumission. Dans ce plateau passif, ce corps violé, les hommes s'étaient enfoncés, à force de passage, de frottement. En se succédant inlassablement sur les mêmes lieux, de mères en filles et de pères en fils, ils avaient usé la roche, creusé des chemins, des ravines, des vallées enfin. Ils avaient, pendant des siècles, emprunté les même trajets pour se rendre le matin au travail, le soir (car lassés du travail) à des rendez-vous galants et la nuit (car lassés des rendez-vous galants, quittant des intérieurs devenus silencieux) ailleurs.


André voulait se servir de son regard comme d'une sonde et fouiller jusqu'aux strates que la ville essayait de cacher. Il cherchait, du balcon, à soustraire son regard des reflets brillants des toits pour s'enfoncer plus profondément dans la chair de l'architecture.
En bas, le soleil ne pénètrait que par accident, au bénéfice d’une orientation favorable : grandes coulées de lumière que chacun goûtait comme un événement. Toujours plus bas, toujours plus profond. Les passants semblaient glisser sur les trottoirs mais chaque pas enlevait quelques millimètres de bitume. Dans ces rues, ce n'était pas sur des couches successives de morts, d'ancêtres, que l'on marchait, mais dans leurs pas ; dans des rues que bon an mal an ces derniers avaient creusé ; dans des rues, leurs lits de pierre.
André sentit que sa vision était incomplète et que, du balcon, une partie de la perspective lui échappait. Il s'entraîna alors à l'ubiquité. Il se projeta en bas, ses semelles dans les pas arrachés au bitume, et il s'imagina levant la tête pour distinguer sa silhouette sur le balcon. D'en bas, la mémoire était verticale. En cherchant la lumière, en se haussant, le regard croisait les strates anciennes. Ces cellules abandonnées, tout là haut – les anciens niveaux de sol. Dans les parois, comme fossilisées, des traces de luttes oubliées, des corps de craie. La succession de ressacs et d'encorbellements trahissait la résistance du milieu, le combat renouvelé à différentes périodes, entre la pierre et les autres, qui continuaient à creuser.

C'était l'heure de la sieste et Madrid semblait abandonnée. L'heure où les failles devenaient irrespirables et où l’humanité vivait dans les parois du monde. Elle ne pratiquait les rues que poussée par la nécessité. En fait, la ville de demain existait déjà, alors même que rien ne semblait avoir changé. Le sol était rongé et le futur avait son décor. Des tuyaux sous la terre, obscurs mais bien frais.
Perdu dans ses visions d’obscurité et de souterrains, André n’y voyait plus rien. C'est que la nuit était tombée dans les rues. Le moment qu’il préfèrait : cette demi-heure où chaque soir sa vision se réalisait avec le plus de justesse ; quand le soleil devenu doux enluminait encore les toits, sa mansarde avec, et qu’en bas déjà milles petits feux luttaient pathétiquement contre l’obscurité.
Lorsque son appartement était à son tour devenu sombre, Ramon se levait de son bureau, fermait la porte de la mansarde à double tour, et descendait par les escaliers.




Il reprenait alors le cours d'une autre vie, coulant ses pas dans les pas d'une âme grise dont l'appartement donnait sur l'avenue la plus bruyante de Madrid. Pour l'atteindre, le plus dur n'était pas de traverser la ville mais de parvenir à se glisser entre les corps fébriles, couples acharnés à se frotter l'un à l'autre, vieilles catoles épanouies par un récent veuvage, et tous ces jeunes, à peine sortis de l'enfance, éblouis comme des papillons par les lumières de ville vampire.
déc 15
2005

Lyon-Capitale décapité

Posté par Frédérick Houdaer in non classé 

Frédérick Houdaer

Cela concerne le journal « Lyon-Capitale » dans lequel j’écris chaque semaine avec la plus totale des libertés, et ce depuis trois mois.

« ''LYON-CAPITALE DÉCAPITÉ

La société des rédacteurs de Lyon Capitale

exige la réintégration de Jean-Olivier Arfeuillère

déc 14
2005

United color of Ben'Etron

Posté par Stéphanie Lefort in non classé 

Stéphanie Lefort

A mon frère de couleur

A ma soeur de colère


Dans un abri d'infortune

T'en va purger ton chagrin


Tout seul et sans les mots

Pour cracher ta viol'haine

A ce jeu qui perd gagne

Un balai et une serpillère

Pour laver les trottoirs

Où les caniches posent des merdes


Oh, jolie paquerette!

Tu poussais autrefois dans les champs de Sarcelle!


Négresse aux doigts qui puent

La Javel et la cire d'abeille

A c'qui paraît ton triste cul

Doit se réjouir de son sort

Ce cul qu'autrefois les anciens

Tortillaient en tendant vers le ciel

Des fronts hagards

Des oeillades confiantes

déc 13
2005

Un premier Process qui en dit long

Posté par Barbara Prost in non classé 

Barbara Prost
Voilà que les choses s'organisent. Après une première réunion de travail, déjà une liste de thématiques qui nous promettent quelques soirées agitées :
A venir :
Qualitatif/quantitatif : comment rendre compte.
L'(im)pertience de l'artiste)
Visibilité aka lisibilté > lisivibilité ?
déc 13
2005

Piège du ténor

Posté par Judith Lesur in non classé 

Judith Lesur

"Les jacteurs, c'est tous des graves cons, et ce jacteur-là, qu'est-ce qu'il y panait au baratin. J'ai aimé dans des émois hurlants comme la joie, avec la sève faune, tous les potins y cassaient, le troll se mouvait comme des tags; truismes et tout le tarissement ! Qu'est-ce qu'il y panait le jacteur à des prurits comme ça ? C'est le keum qui me faisait ivre, je te dis. Il a été mon rein et mon frein, on a été matés ensemble, et si je ne peux pas avoir mon keum à l'avant même, je ne suis plus qu'une rauque treille rave shootée sous l'ardent. Mon rang sombrera sur toi, Selim, et sur ce jacteur grave con. (...) Tarde, Selim, comme mes voix grignotent. Je veux pas les faire venir dociles, moi tout veule. Je me suis pas gratté une croûte de la crainte fournée. Ce jacteur est un gratin, je te dis. Si j'ai pas une raclée de keum, je vais boire des valeurs. J'en ai déjà bu même. J'ai bu le creux Gin, là, dans le sein, verrière toi, je l'ai bu, une vaine acclamation. J'ai voulu salement, si les valeurs arriment, je serais hivernal."


Extrait de la nouvelle traduction de "L'IVRE AU TENOR", commise par une alcoolique qui préfère rester anonyme

déc 12
2005

Pièce du trésor

Posté par Frédérick Houdaer in non classé 

Frédérick Houdaer

« ''Les docteurs c’est tous des gratte-pont, et ce docteur-là, qu’est-ce qu’il y connaît aux marins. J’ai été dans des endroits brûlants comme la poix, avec la fièvre jaune, tous les copains y passaient, le sol se soulevait comme des vagues ; séismes et tout le tremblement ! Qu’est-ce qu’il y connaît le docteur à des pays comme ça ? C’est le rhum qui me faisait vivre, je te dis. Ça a été mon pain et mon vin, on a été mariés ensemble, et si je ne peux pas avoir mon rhum à l’instant même, je ne suis plus qu’une pauvre vieille épave échouée sous le vent. Mon sang retombera sur toi, Jim, et sur ce docteur gratte-pont. (…) Regarde, Jim, comme mes doigts gigotent. Je peux pas les faire tenir tranquilles, moi tout seul. Je me suis pas jeté une goutte de la sainte journée. Ce docteur est un crétin, je te dis. Si j’ai pas une lampée de rhum, je vais voir des horreurs. J’en ai déjà vu même. J’ai vu le vieux Flint, là, dans le coin, derrière toi, je l’ai vu, une vraie apparition. J’ai vécu rudement, si les horreurs arrivent je serais infernal.'' »

Extrait de la nouvelle traduction de « L’ILE AU TRESOR » commise par le sieur Patrick Ravella, aux éditions Belem.

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