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P.-O. Dittmar's Blog
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L’autre jour, je suis allé faire un tour dans mes photos et je suis tombé sur celle-là. L’autre jour, je suis allé faire un tour dans mes photos et je suis tombé sur celle-là. C'était en 2002, sur la frontière entre la Pologne et l'Ukraine, au mois de Mars je crois. Je retrouve cette image, avec ces arbustes sans feuilles au premier plan et je la trouve un peu effrayante. Je sens qu’elle m’évoque quelque chose de pas net… je passe regarde d’autres photos.
Ça me revient. C’est le cercle des suicidés dans la Divine Comédie. Les auto-homicidaires sont transformés en arbres aux branches mortes et cassantes, que les harpyes viennent lentement décortiquer. Je sais aussi pourquoi ce passage m’a marqué : le traducteur s’expliquait dans une note de bas de page qu’il avait essayé de rendre en français les virtuoses allitérations « cassantes » de l’italien où la langue se cassait en même temps que les branches. Je me rappelle avoir été vérifier dans le texte italien. C’était vrai.
Hier, j’ai revu Gil, que l’on voit sur les photos. Je lui montre l’image et sa réaction est immédiate. Il me rappelle combien ce moment était heureux (et moi je pense à une autre phrase de Dante qui dit "Nous allâmes ainsi vers la lueur, parlant de choses qu'il est beau de taire comme il était alors beau d'en parler"), que nous ne parlions pas de Dante, mais plutôt d’Homère. Et que l’on se moquait bien de nous même, perdus dans les Carpates, nous qui nous demandions au milieu des bois si Diomède représentait oui ou non le principe défensif dans l’Iliade. Au riait aussi des grands passages lyriques de la Dolonie comme : « ils marchèrent comme deux lions, à travers la nuit noire, au milieu du meurtre, au milieu des cadavres, à travers les armes et le sang noir ». Je regarde de nouveau l’image. Je repense à phrase de Dante et à son bois des suicidés... si je n’ai pas oublié cette histoire c’est peut être parce qu’en 2005, sous des platanes en Provence, Thomas m’a montré les planches de la Divine Comédie dessinée par Botticelli. Je sais que j’ai regardé attentivement le bois des suicidés, qui fait l’objet d’une page hallucinante où chaque trait s’interrompt très vite, se casse comme les mots de la phrase, et compose des motifs aux frontières de l’abstraction.
Alors maintenant, après avoir bien dérivé, je sais d’où vient le sentiment étrange que j’avais ressenti devant cette photo. Ce n’est pas la simple association avec le passage de Dante, c’est que ces différents souvenirs, la Pologne, la nuit noire d’Homère, les phrases cassées de Dante, les lignes cassées de Botticelli, la Provence, commençaient à se mélanger. Et que devant ces images de neige et de vent, j’entendais le chant des grillons la nuit sous les platanes…
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Le 20 mai, Judith me demandait ce qui m’amusait/m’étonnait dans le canard d’Hiroshige: déclaration en 10 images J’ai très envie de répondre un peu à coté en exposant pourquoi j’aime Hiroshige. J’évacue tout de suite les éléments qui ne parlent en général qu’à soi, du genre (et c’est vrai), j’aime son trait, j’aime la lumière de ces aubes, ses pleins et ses vides patiti patata… Le cadre Comment j’ai découvert Hiroshige (il faut bien être un encrotté d’occidental pour dire une phrase pareille… un peu comme si un Japonais disait : j’ai découvert un peintre européen très intéressant qui s’appelle Van Gogh…). Dans un expo de gravures. Je tombe sur un paysage vu depuis un aigle dans le genre de l’image qui suit (mais ce n’était pas celle là). L’origine du trouble : pour la première j’étais soumis à l’évidence de quelqu’un qui cherche a rendre compte d’un regard sur le monde qui ne soit pas humain. Ca fait dix ans que je regarde des images et, débile, je n’avais pas pensé à ça… nos images sont anthropocentrées… Donc forcement, je suis allé faire mes petites recherches pour voir qui était cet homme capable d’un tel déplacement. De fait je n’ai pas été déçu. les cadrages étaient hallucinants. De beaucoup, plus proches de la photographie ou de la BD que des peintures en vogue en occident à la même époque (les images qui précèdent et suivent, qui correspondent à la dernière manière d’Hiroshige, celle aux cadrages les plus fous, datent de 1856). Qui en Europe s’intéressait alors aux poils sur les jambes d’un rameur au petit matin, à voir le monde entre les pattes d’un cheval ? Chassériau, Andromède attachée au rocher par les Néréides 1840 On bien l’impression que cette variété des points de vue est quelque chose de fondamental pour lui. Il suffit de le voir tout au cours de sa vie, revenir sur les mêmes lieux pour les peintres en changeant les angles et les cadres… Ce dont on peut se rendre compte en cliquant sur le lien suivant : http://www.hiroshige.org.uk/hiroshige/tokaido_editions/tokaido_editions_02.htm Sa dernière parole aurait été : « Je vais voyager vers les terres de l'Ouest. Pour y observer les célèbres points de vue » Le texte Comme si ça ne suffisait pas, la liberté d’Hiroshige ne se limite pas à l’image et au cadre mais s’étend jusqu’au texte. Tout au long de sa vie, le peintre n’a visiblement pas cessé de creuser les relations entre textes et images, avec une variété et une inventivité dans les réponses que biens des éditeurs d’aujourd’hui peuvent méditer. http://www.humi.keio.ac.jp/treasures/jp_prints/tokaido/html/3/thumbnail_1.html Les montages les plus audacieux se trouvent dans un receuil d'images "érotiques", le montage devient alors littéral, et on regrette beaucoup de ne pas lire le japonais Une science du montage : association de deux images, d’une image et d’un texte… Montage et non illustration… ce que j’aime dans les gravures associées a des Haïkus (comme le canard du 20 mai) : ce n’est pas un recueil de poème illustré, mais l’association d’un poème anonyme qui traîne dans l’air du temps, comme un proverbe et d’une image. Avec le poème : Le canard sauvage crie. Quand le vent souffle, la surface de l'eau se ride H. monte effectivement une image de canard, mais il ne crie pas. Dans l’image le vent souffle peut être… mais ce que l’on voit, c’est de la neige qui tombe. H. prend le Haïku, le prolonge, en renouvelle le sens, disons lui redonne une nouvelle actualité… Ce lien entre texte et image ou l’un prolonge l’autre, voila qui n’est pas très loin de ce que j’essaye de faire (de ce qu’on essaye de faire ?) sur ce blog depuis 6 mois… La signature Du coup devant ce genre de page se pose une question, qui est l’auteur ? est-ce celui du poème, est-ce seulement Hiroshige, l’air du temps ? J’aime à penser que délibérement H. choisit de ne pas répondre à cette question lorsqu’il signe avec l’idéogramme du cerf et du cheval pour former le mot « idiot » (façon aussi de ce détacher d’une figure trop autoritaire de maître). Autant de choses qui ont à voir avec le petit texte de Barthes sur la mort de l’auteur qui doit encore traîner quelque part sur le blog… D'ailleurs, Hiroshige s’appelait en fait Tokutaro, il changea à l’age adulte pour Juemon puis a 50 pour Tokubei. Hiroshige est son nom d'artiste donné par son maître Toyohiro alors qu'il venait d'entrer dans son enseignement à l'age de 15 ans. Il s'est spécialisé dans les paysages, et en particulier ses ensembles de scènes relatives, " les fameux endroits d' Edo", sous le nom de Ichiyusai. Plus tard il prit le nom d'Ichiyusai et de Ryusai en plus de celui d’Hiroshige.
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Au début du XIXe siècle, le grand peintre japonais Hiroshige, fait un recueil de gravures associant chaque fois une image de sa confection avec un Haïku, tiré d’un recueil de poèmes qu’il aimait. Par exemple ici c’est : Le canard sauvage crie. Quand le vent souffle, la surface de l'eau se ride
Le lien entre l’image et le texte n’est jamais strictement illustratif, ni même strictement quoi que ce soit… Wikipédia dit que ce style d'estampes est apellé baka-in en raison de la signature. En effet, en regardant attentivement, le carré rouge en bas à droite, on s'aperçoit qu'Hiroshige à signé d'un cerf shika (à gauche) et d'un cheval uma (à droite), ce qui peut aussi être lu « baka » (en combinant les deux signes) et qui signifie idiot.
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Rosso Fiorentino (détail) Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la souveler par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Jaures, Discours à la jeunesse, lycée d'albi, 1903
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Fin de l'histoire. En suite à un commentaire qui trouvait que l'histoire manquait de femmes, le traveller Taz est devenu une femme, pour l'ensemble du texte et pour toujours. Le dernier épisode est en bleu
Ce qui nous domine
Contrainte de départ: La cellule du père prieur (chef de la communauté) de l'abbaye d'Hautecombe (rive ouest du lac du Bourget en Savoie), accessible à la seule communauté religieuse et dont la porte reste ouverte pendant les conversations.
Contrainte d'arrivée :

******************************************************************************************* La suite…
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Un moine, un traveller et un monkey devant l'objectif Guigues, le jeune et la peluche se dirigent vers le photomaton de l’auto-grill. Guigues s’arrête devant la machine. - excuse-moi, je n’ai plus de monnaie, je ne peux pas payer. -ben t’as qu’à retirer… Guigues, un peu honteux. -Je n’ai pas de Carte Bleue -T’as pas de Carte Bleue ? -Je n’ai pas de Carte Bleue. -putain, t’es roots mec… mais j’aime bien, c’est bien frais comme attitude. -… -allez je t’invite… on y va ou quoi ? Les deux hommes entrent dans le photomaton, le propriétaire du macaque glisse dans la main de ce dernier une banane. Dans la cabine, Guigues est serré contre le jeune. Il n’aime pas son odeur car n’est pas habitué à la promiscuité. Il voit leur image dans l’écran numérique qui leur fait face. Il voit son collègue avec une lucidité nouvelle, accentuée par la comparaison qu’il peut faire avec sa propre personne. Son conducteur a une vingtaine d’années, un sweet informe noir, un piercing dans le sourcil gauche et un enthousiasme un peu ridicule. Guigues se voit, il a quarante ans peut-être, porte des habits également informes, qui bien qu’ordinaires ont permis à tous les clients de l’auto-grill de l’identifier comme un curé. Tous les deux ont les mêmes cheveux rasés. Les deux hommes vont se prendre en photo, le singe sur les genoux. Pour décoincer un peu Guigues que cette situation dérange, le jeune fait bouger le singe et lui fait dire : « moi j’ai deux mamans, une maman machine à coudre et une maman forêt bananes ». Guigues rie. La première photo est la bonne.
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Guigues et son jeune ami doivent décider quelle direction donner à leur avenir. Il vont en discuter autour d'un café à l'auto-grill. Le traveller convie le macaque en peluche à la discussion. Aire d’autoroute de Beaune. Guigues et le traveller s’arrêtent pour faire le plein. Ils ont faim et la voiture a soif. Ils ont besoin de parler un peu plus. Ca fait deux cent kilomètres qu’ils roulent et personne ne sait encore où aller car le conducteur n’a pas de plan et Guigues ne tient pas à se rendre dans un lieu précis. Guigues ne tient pas à se rendre dans un lieu précis car justement, il est en train de fuir la localisation la plus stable, la plus précise, un monastère dont on ne franchit pas les portes. Guigues ne tient pas à aller quelque part, cette errance lui convient très bien. Il continuerait sans problèmes, marathonien des flux, gyrovague d’un nouveau genre. Certes cette 205 pourrie est bruyante, certes les longues tirades de son voisin sur l’agriculture macrobiotique, les bienfaits corporels des restrictions alimentaires forcées (Guigues sourit en l’entendant parler de « jeûne ») et l’odeur de l’herbe qu’il fume l’importune, mais comme la fenêtre de la voiture reste toujours ouverte… Guigues et le traveller prennent de l’essence. Et se dirigent vers l’auto-grill. Le traveller a pris avec lui son macaque en peluche. Ils vont prendre un café au distributeur que Guigues va payer. Long plan fixe à la Ackerman sur la vie de l’auto-grill. Lorsque Guigues voit son comparse prendre sa peluche avec lui, certaines de ses craintes se confirment. Il prend alors la ferme décision de trouver, autour du café, un point d’arrivée pour leur voyage. Guigues n’a pas envi de faire un quelconque effort de reflexion, et comme il veut choisir vite, propose la ville de Chartres. - Ca l’fait. Dit l’autre « Tant mieux », pense Guigues. Guigues et le traveller savent maintenant qu’ils vont se quitter à la fin de la journée. Le jeune insiste pour faire une photo souvenir avec Guigues et le macaque, dans un photomaton.
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Guigues est pris en stop par un traveller... Nouvelle contrainte : Sur la photo, Boudda raconte en mangeant « moi j’ai deux mamans, une maman machine à coudre et une maman forêt bananes ». Guigues marche dans ce tunnel où l’air est irrespirable. Ses sens, appauvris par des années de solitude, sont débordés. Frôlé par les poids lourds qui passent le klaxon enfoncé, il prend pour la première fois conscience physiquement de la possibilité de sa mort (elle n’avait été jusqu'à présent qu’un abstrait objet de prière). Guigues est sorti du tunnel. Il fait quelques pas, un peu groggy par l’expérience qu’il vient d’éprouver ; il rejoint un carré d’herbe verte qu’il devinait depuis le tunnel, s’allonge. Son cœur palpite, ce qu’il ne lui était pas arrivé depuis des années. En se calmant, il regarde la bouche sombre du tunnel dans la roche calcaire. Il repense à sa discussion du matin avec le Père Bède et se trouve conforté dans son sentiment. Tout ce qui lui semblait faux il y a quelques heures encore lui semble toujours aussi faux, l’abbaye, le lac… Guigues regarde encore son tunnel et se dit que ce qu’il vient de vivre est sûrement plus vrai. Un camion passe, il se demande si c’est mieux. Guigues regarde le ciel et, de fatigue et de lassitude, s’endort sur l’herbe. Une voiture s’arrête au bord de la route. Un jeune stylé traveller en sort et se dirige vers Guigues. Il s’approche de l’ancien moine et le touche. Guigues se réveille. -Ça va ? Guigues, un peu endormi : - ça va merci. -vous êtes perdu ? -non pas vraiment… -vous voulez que je vous dépanne ? -oui, peut être. -ben monte alors. Guigues s’installe à la place du passager. Le conducteur démarre. Comme Guigues est un peu brassé par les relents de gazoil du tunnel et la conduite du traveller, il cherche à ouvrir la fenêtre. Il tourne la manivelle de la 205 rouge défraîchie, sans succès. Le conducteur pile et se gare brusquement au bord de la route. -désolé, c’est cassé. Le conducteur, sort, fait le tour de la voiture, ouvre la portière, ôte le carter de plastique à l’intérieur, accède au mécanisme, et finalement descend la fenêtre. -elle est un peu vieille. Le traveller reprend le volant. Il roule vite. Guigues est fasciné par l’enchaînement des virages, les arbres qui filent et le bitume qui glisse sous la voiture. Il voit nettement le bitume comme un grand ruban qui serpente. Cette forme lui semble intéressante. Guigues a maintenant un peu froid. Il préférait que la fenêtre soit fermée. Il ne dit rien. -vous allez où ? demande Guigues. -Franchement, tu vois, j’ai pas vraiment d’plan… C’est comme tu veux… Guigues vient de remarquer sur le siège arrière une peluche de macaque, et la réponse du conducteur ne le rassure pas.
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Pendant que Bède plane doucement, Guigues arrive devant un tunnel Bède se retourne et commence à marcher dans le cloître en sens inverse. Bède s’accuse tout les dimanches pourtant il est persuadé d’avoir trouvé une solution (il faut bien se persuader de quelque chose) : pour ne pas rester soumis à sa mémoire, il relit. Il remplace ses souvenirs coupables par ses lectures passées, des petites pierres orthodoxes avec lesquelles il peut s’abandonner sans regrets. Plutôt que de finir sa vie au croisement de ses souvenirs, il se fait matrice à textes, intermédiaire des pensées d’auteurs morts il y a des siècles. Comme ça, son extension déborde de beaucoup sa personne et s’enfonce de toutes ces radicelles dans les siècles chrétiens. Son état de réceptacle lui épargne bien des tracas, lui permet de parler sans parler, de convaincre sans convaincre. Bède devine derrière les sourires de ses frères l’amusement qu’ils ont à le voir vivre à travers les siècles. Bède les remercie de le laisser sauver les apparences (que lui reste-t-il d’autre à sauver ?). La caméra se perd dans les nuages Bède a ses dadas et les tours de cloître qu’il fait n’arrangent rien. Son penchant naturel à la répétions s’aggrave au fur et mesure des rondes quotidiennes autour du jardin carré. Cette image qu’il a de lui-même, comme une construction faite d’extensions et de radicelles est largement exagérée, car c’est peut-être 4, 5 textes au plus qui lui reviennent sans cesse, et qu’il se répète mentalement. Il y a ce passage des Confessions d’Augustin qui commence par quelque chose comme « Dans un désordre extrême, mon esprit déroulait des formes immondes et repoussantes, mais qui étaient pourtant des formes ; et j’appelais informe ce qui était mon état ». Il faudrait qu’il en retrouve l’origine. Et puis ces textes de Marguerite Porette où l’union mystique de l’âme avec Dieu n’est possible qu’au prix d’une série incroyable de termes plus chargés de sens les uns que les autres, où l’esprit se perd toujours plus in linea mentis, dans les linéaments dans l’âme. Regarder Dieu avec « la légèreté de la lumière de l’intelligence de l’esprit éveillé ». Soit. Il ne comprend pas mais aime bien, et Bède se répète ce genre de phrase en marchant. Mais son favori reste son homonyme, celui dont il hérite son nom de clôture, Bède le Vénérable. Ce qu’il aime de lui tiens à quelques mots, à cette description des nuages qu’on lui prête : « A l’intérieur, le nuage est concave, à l’extérieur il est arrondi pour imiter la forme du ciel dont il est proche. Sur les cotés, il n’a pas de forme déterminée, car, lorsqu’un nuage s’approche d’un autre, il prend la forme de ce dernier ». Bède pense que Guigues a bien fait de partir *** L’image revient sur Guigues. Il est arrivé en haut de la route en lacet, au col du Chat. Guigues est maintenant face à la grande bouche du tunnel. Interdit aux piétons, interdit aux vélos. Sa fuite s’arrête là. Le soleil est haut, les camions se succèdent et le dépassent sans événement. Le tunnel est noir et pue beaucoup. Guigues regarde la grande bouche noir dans la montagne de calcaire blanc. Guigues s’engouffre dans le tunnel. Fondu au noir
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Ce matin, contre toute attente, on s'est tout naturellemment levés à 7h30. Xavier écrivait encore.
 on se remettait à écrire quand a commencé à monter du pied des tours la rumeur d'un mariage qui se préparait.
 Pendant un temps, derrière les vitres sales, ce fut les klaxons, les tambours, les derbukas, les chants, le moteur de la moto que l'on fait ronfler et le bruit des pneus d'une voiture que l'on fait kiner sur le rond point, les filles assises sur les portières du cabriolet Mercedes. Comme un certain soir de novembre, le spectacle était au pied des tours, et sur le rebord des fenêtres de la "barre des mille" de petites têtes reposaient sur des bras croisés.
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