Voici un témoignage signé de l’écrivain Jean-Jacques Reboux http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Reboux|fr
qui m’a été transmis via Internet par Marcus Malte http://www.zulma.fr/AuteursDetail.asp?Id_Personne=193|fr
Il me semble avoir doublement, triplement sa place sur ce blog des (h)auteurs.
''Bonjour, Ceci est un témoignage sur un incident vécu aujourd’hui dans une ANPE de la République Médefrançaise, et qui en dit long sur la dangerosité des fieffés salopards qui gouvernent le pays. Vous pouvez bien sûr le diffuser autant que vous voulez autour de vous. Je ne sais pas si “l’incident” ci-après raconté (totalement véridique, contrairement à ce qu’on pourrait croire…) a eu des précédents dans d’autres ANPE de France et/ou s’est répété ailleurs, ou va se répéter. Il est fort à craindre que oui, hélas… Quoiqu’il en soit, il est important que l’information circule. Cordialement Jean-Jacques Reboux
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chômeur de longue durée allocataire de l’ASS (allocation spécifique de solidarité)
Aujourd’hui, mardi 13 décembre 2006, je viens d’assister à un “spectacle” hallucinant à l’ANPE de la cité Charles Godon, Paris, 9e arrondissement. Convoqué à 14 heures pour un entretien individuel destiné, dans le cadre du plan de reconversion villepin-machin-bidule, “à voir avec vous les modalités d’une reconversion, etc” (n’ayant pu garder la convocation, je ne me souviens plus du terme exact, mais c’était dans le style “on ne répond pas au gentil RV? radié!), je trouve devant l’ANPE un attroupement de trente personnes environ.Une manif? Non. Des chômeurs attendant l’ouverture des portes, tous convoqués au même “entretien individuel dans le cadre du plan de reconversion machin-bidule…”
La dame de l’accueil nous invite à rejoindre la salle du 1er, où a lieu la “réunion”. Ah? une réunion? C’est vrai que pour un entretien il faut être au moins deux, et qu’à partir de deux, on peut parler de “réunion”… Cinq minutes plus tard, nous nous retrouvons à 57 chômeurs – je dis bien 57! j’ai compté ! – entassés dans une salle de 30 places, pas assez de chaises, je vous passe les détails. Et là, surprise !!! Une autre dame de l’ANPE arrive, pas très à l’aise (et surtout, pas un mot de présentation!) : “Mesdames et messieurs, voilà… Dans le cadre du plan de reconversion machin-bidule, l’ANPE vous propose de participer à un stage de 200 heures…
Une voix s’élève dans la salle : – Euh, pardon, madame, sur la convocation, c’est écrit “entretien individuel”! C’est quoi, ce délire? Le ton monte dans la salle. On s’aperçoit tous qu’on a reçu la même convocation pour un entretien individuel.
La dame de l’ANPE, gênée : – Non, non, c’est une erreur. Il s’agit bien d’une réunion, une réunion de préparation à un stage…
– Mais quel stage? On n’a pas demandé de stage!
– Un stage réservé aux bénéficiaires de l’ASS…
– Madame, je ne suis pas allocataire de l’ASS, pourquoi ai-je été convoqué?
– Ah, euh ! Y a-t-il d’autres personnes dans ce cas ?
Cinq ou six personnes lèvent la main.
– Si vous n’êtes pas bénéficiaires de l’ASS, signalez-le au dos de votre convocation et rentrez chez vous, vous ne serez pas “inquiété”. (Je reprends le terme entendu : “inquiété”, peut-être seulement un “lapsus” de la part de cette employée de l’ANPE qui était elle-même très très mal dans sa peau, mais tout de même…)
Re-chahut dans la salle. Tout le monde commence à s’énerver. Ça chauffe.
– Mais pourquoi c’est pas écrit sur la convocation! Qu’est-ce que c’est que ce stage ?
Et c’est alors… suspense, suspense… que la dame de l’ANPE, de plus en plus paumée et débordée de toutes parts (et de surcroît ne parlant pas très fort), nous informe que le stage démarre le 14 décembre à 10h, c’est-à-dire… LE LENDEMAIN MÊME!!!
Chez les chômeurs, c’est l’escalade.
– Scandaleux! Inadmissible!
– Et qu’est-ce qui se passe si on ne peut pas aller au stage? On est radiés des listes? Vous rouvrez Cayenne ?
Pas besoin d’être grand-clerc pour deviner que ces messieurs du gouvernement vont profiter de cette sinistre plaisanterie pour radier quelques chômeurs de plus. Multiplions 57 par le nombre d’agences locales pour l’emploi – à supposer que ce scandaleux abus de pouvoir de l’administration se soit reproduit le même jour dans toutes les autres ANPE de la MédeFrance, et je ne vois objectivement aucune raison pour que cet incident fâcheux ait été circonscrit au 9eme arrondissement de Paris.
La dame de l’ANPE, de plus en plus gênée, essaie de reprendre la parole.
– Euh, les gens qui n’ont rien à faire à ce stage peuvent nous l’écrire au dos de convocation, et repartir!
Les questions fusent.
– Et quand on a un travail à temps partiel? Et quand on a un rendez-vous professionnel? Vous pourriez nous parler un peu du contenu de ce stage? Vous vous foutez de nous, là! Vous pensez qu’on peut se libérer comme ça du jour au lendemain! C’est honteux!
Un chômeur très excité prend la salle à témoin et se met à crier. – Ce genre de procédé ressemble à une rafle, madame!… Chômeurs, vous avez 12 heures pour préparer vos bagages… C’est de la basse-politique!
Et voilà comment l’on traite les gueux dans la France de M. de Galouzeau de Villepin. Pour ma part, j’ai eu de la “chance” : dans un mois, je crée mon entreprise (et mon propre emploi) et vais par conséquent pouvoir échapper au jeu de massacre en m’autoradiant des listes de l’ANPE/ASSEDIC. Dix minutes plus tard, dans un bordel indescriptible, je quitte la salle après avoir indiqué que je n’avais rien à faire dans ce stage, suivi ou précédé par quelques autres.
Mais que vont devenir mes collègues les 57 pékins? Que va-t-il arriver à tous les chômeurs qui, pour une raison ou une autre, ne pourront être présents LE LENDEMAIN MATIN à Montrouge ou à Pétaouchnok, pour commencer un stage-poubelle-flicage de 200 heures (vous avez bien lu : deux cents!) parce qu’ils sont déjà un rendez-vous ailleurs, parce qu’ils ont un môme à garder, ou pour toute autre raison? Combien, de guerre lasse, écœurés par l’attitude despotique d’une administration aux ordres de l’homme-qui-voudrait-le-scalp-de-Sarkofacho et dont le seul but est de dégonfler les statistiques des chômeurs, vont se retrouver sur la touche, devenir RMIstes. (Ah, si seulement tous ces chômeurs pouvaient avoir la bonne de laisser broyer par leur désespoir et se jeter sous le métro, c’est ça qui serait chouette! On a eu les vieux il y a 2 ans : bientôt les chômeurs? La méthode utilisée ce 13 décembre 2006 me paraît annoncer les prémices du néo-fascisme sarkozo-libéral en train de s’enraciner dans la République Médefrançaise.)
Quelques minutes plus tard, je profite de mon passage à l’ANPE pour caser un autre entretien, un vrai, cette fois, avec une employée que je tiens informée de l’état d’avancement de ma création d’entreprise et à qui j’apprends la chose, comme quoi il y a un début de “soulèvement”… (j’exagère à peine, j’ai quand même vu une femme pleurer, beaucoup de visages livides, de poings serrés, et je pense sincèrement que si, au moment où la dame de l’ANPE empêtrée dans son rôle d’agent/bouc émissaire nous a appris que nous étions attendus
LE LENDEMAIN MATIN pour une stage-poubelle-flicage, sinon, radiés, mes cocos! un joyeux lutin nous avait mis à chacun un cocktail Molotov entre les mains, je n’aurais pas été le seul à le fracasser contre le mur de l’Institution). L’employée de l’ANPE me répond alors d’un air consterné : “Et ça ne fait que commencer, monsieur ! Les politiques mettent de plus en plus le nez dans nos dossiers.
C’est effarant. C’est l’horreur. On ne sait plus quoi faire…” Je compatis (un comble, c’est tout de même moi le chômeur… même si grâce à un an de travail obstiné je ne le serai plus dans un mois…)
Eh, les chômeurs, qu’est-ce qu’on attend pour aller foutre le feu au ministère du Travail? La nuit de Varennes, la vraie, elle commence quand? C’est par où, l’insurrection? Bastille? Nation? Le Père Lachaise ?
Villipendons le Villepin!
Chirazons le Chirac!
Araisonnons la Brute Épaisse de Beauvau!
Desipsosisons la Parisot!
PS. Je donnerais cher pour avoir le nom et l’adresse du crâne d’œuf sadique qui a eu l’idée géniale de cette mise en scène… Je suis sûr que ce salaud habite du côté de Neuilly-sur-Seine ou de Passy, et qu’il n’a jamais eu faim ni froid!
Jean-Jacques Reboux
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