Mon Blog
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Philippe Puigserver's Blog
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Une fois de plus, j’ai glissé sur une plaque de verglas spatio-temporelle et c’est de Grenoble, alourdi par une quinzaine festive passée au lit, et donc en 2008, que j’essaie de revenir une dernière fois sur Entre-temps. La suite…
Les jours suivants, Marie-Noëlle m’annonce qu’elle a trouvé un gars
pour abattre la cloison ; il prendra en une matinée le tiers de notre
budget. Il est plus lucratif de compter sur ses mains plutôt que sur
son esprit. La vie aime à rappeler les évidences. Le fils de
Marie-Noëlle a dégoté en cinq minutes un gyrophare sur internet à 11
euros lorsque sa mère a mis plus de deux jours à en espérer un à 300
euros auprès des autorités compétentes. Nous sommes dans la phase
simplificatrice ; nous éliminons le hamac envisagé, trop de problèmes
de gestion en perspective (accroche, bataille pour s’y vautrer, …).
La suite…
Au matin de la Saint-Séverin, nous rencontrons des étudiants Licence Art du Spectacle à Lyon II. Je remarque comme d’habitude le sourire des filles et invente des chevauchées libertines avec un autre moi qui aurait moins de cheveux blancs et plus de sang frais. Nous les accueillons par petits groupes dans « notre » appartement avec pour mission de leur expliquer notre travail. L’obligation de formuler permet parfois l’éclaircissement de la tâche. Marie-Noëlle parle des plantes, de la boîte noire, du titre surprise en lettres réfléchissantes, du gyrophare et du hamac. Elle parle du douanier Rousseau et sa réalité rêvée. Je livre à mon tour quelques anecdotes et les invite à butiner sur le blog ce que je suis en train d’écrire ; ça m’évite les redondances et fera toujours une dizaine de lecteurs …Soudain, le déclic, je sais ce que je vais mettre au mur ; non pas une jungle de petits textes comme je l’envisageais sur les thèmes abordés par Marie-Noëlle, non, je vais mettre le texte sur l’Erythrée que j’ai écrit ici en avril dans le cadre du marathon des hauteurs. Ce n’est pas du recyclage, c’est simplement juste : je l’ai écrit à La Duchère en inventant une Afrique inconnue. Je n’ai pas les pinceaux d’Henri Rousseau, mais le processus est le même. Afrique inextricable et fascinante, imagerie d’Epinal hallucinée sur laquelle chacun peut faire pousser ses rêveries. J’aime également l’idée qu’une chose écrite sous la contrainte en avril puisse trouver son écrin en décembre ; les ramifications du hasard ne sont jamais à prendre à la légère. Je ne savais rien d’Entre-Temps à l’époque et les personnes qui m’ont imposé ce thème au printemps ne me connaissaient nullement. Tant d’aléas incontrôlables ne peuvent mener qu’au miracle. Petit miracle certes, je n’ai de Jésus que les
Nous continuons d’échanger nos blagues et l’état d’avancement de nos travaux par téléphone avec Marie Christmas. Elle a conquis son mécène et peut passer de l’idée à la réalisation sans angoisse matérielle. Elle aura de vraies plantes à foison mais devra renoncer à laquer les vitres en bleu. Les belles paresseuses ont besoin de lumière pour étaler leurs jambes. La superposition de la jungle végétale avec la jungle urbaine sera plus immédiate. Marie-Noëlle peine aussi à trouver sa peinture. Je lui propose des seaux de caca d’oie de récupération (une activité florissante dans la famille). Avec du pigment, cela devrait faire l’affaire ; elle accepte vu les prix affichés par les enseignes de bricolage. Je charge les deux gros pots dans sa voiture, mes reins couinent. Elle prend aussi un petit pot de vert menthe qu’elle voit bleu. « L’anti-mouches idéal qui prospère dans les pays de la Méditerranée » me dit-elle. Comment ai-je pu acheter une telle couleur ? À quoi pensais-je ? Une nouvelle preuve de la volatilité de nos envies … Marie-Noëlle a décidé de casser les cloisons et de peindre avec son amoureux. Je n’ai pu la dépanner avec une scie circulaire, elle s’est rabattue sur un haltère que lui a fourni La Hors de. Le soir, elle me demande si je ne connaîtrais pas un technicien efficace et équipé ; elle a les bras en compote, ma peinture est un jaune pisseux impossible à teindre, l’haltère n’a fait que rebondir sur les parois en bois et son amoureux est assurément un homme d’esprit. Bref, tout reste à faire. Enfin, non, elle a tout de même lessivé et passé l’anti-mouches. La satisfaction est maigre mais salutaire ; elle permet de poser un premier jalon et d’en rire. J’imagine la scène torride du couple ivre de peinture et d’amour dans l’appartement #31 du quatrième étage
Le jour des morts, nous nous payons en amoureux la grande boucle du sentier pédestre Vaise Duchère. J’ai emmené mon chien pour faire coup double ; aérer ses poils et mon stylo. Nous partons de la tour panoramique, tournesol en béton de cent mètres de hauteur dont chacun a rempli ou non les alvéoles, ce qui lui donne un équilibre aléatoire assurément bien humain. Nous traversons le plateau dépenaillé qui bientôt, le GPV l’assure, bruissera d’immeubles coquets, de commerçants volubiles et de fontaines rieuses. Nous passons entre le lycée La Martinière sommé de s’ouvrir au quartier et le pôle sportif de Balmont niché dans les vestiges du fort militaire. Les angles des fortifications en étoile subsistent ; la nature y déborde et panse les mauvais souvenirs – la fusillade des résistants par les nazis, le rapatriement chaotique d’Algérie. Vegas, mon chien, tire comme à son accoutumée ; ce mélange d’Husky et de Labrador, pure race SPA, comprendra-t-il un jour que je ne suis La suite…
Je tairais ma visite de la Biennale d’art contemporain ; au moins a-t-elle la vertu de décomplexer celui qui veut créer. Quand je pense tout de même que l’artiste sulfureux s’appelle David Hamilton avec des photos datant de plus de trente ans, je me dis que la bienséance et l’hypocrisie sont des tiques indestructibles qui s’empiffrent de sang humain sans se soucier du passage à l’euro, des révolutions philosophiques et de la colonisation de la planète Mars. Une petite phrase de Ben, dans sa cabane de la collection permanente du musée d’art contemporain, me titille ; « si tout est art, pourquoi le vendre » ? L’installation de Liu Wei à la fondation Bullukian est indéniablement à voir ; sa propension à secouer l’imaginaire du visiteur est vivifiante. De la restructuration de Pékin pour les Jeux Olympiques de 2008 à celle de La Duchère, des fils invisibles se tissent ; le vent, la pluie, la neige, le soleil, le froid rendent fragiles les utopies des hommes ; la beauté n’est jamais loin de la catastrophe La suite…
Le rendez-vous au GPV (Grand Projet de Ville) est d’une autre teneur. Catherine et Nadia nous accueillent avec le café, le thé, les biscuits et le jus d’orange en petites bouteilles de séminaire commercial. Elles sourient et sont sincèrement convaincues par cet immense réaménagement de la troisième colline de Lyon. Elles commentent la maquette représentant les 120 hectares de bois, de barres, de problèmes et d’utopies. Elles ont la foi des grands bâtisseurs ; quarante ans après, la modernité fait de nouveau sonner ses trompettes sur le secteur. Dans les années soixante, Pradel, maire de l’époque, pensait béton et autoroute pour faire face au « vivre à plus ». Aujourd’hui, les édiles parlent d’habitat et de déplacement doux pour faire face au « vivre mieux ». Le projet parle de diversité, d’harmonie, d’emploi, d’éducation, de culture et ose le mot bonheur ; je ne me souviens pas d’une campagne présidentielle ou législative arborant aussi fièrement La suite…
Quelques jours plus tard, c’est la réunion de tous les binômes d’Entre-Temps au bureau de La Hors De. Chacun est sorti de sa cellule et nous rompons le Spéculos et buvons le thermos. Barbara nous explique la marche à suivre. Bientôt, nous serons invités à déjeuner chez un habitant de la cité puis chez un politique. Denis nous distille les informations techniques et Joseph l’enveloppe budgétaire. Arte Povera. C’est la garantie de la générosité. Les autres binômes sont dépenaillés de l’un de leur membre, plasticien ou écrivain, nous crânons avec Marie-Noëlle. Les habitants de La Duchère partenaires du projet entrent dans le bureau. Nous découvrons notre marraine ; Jeanne Françoise Worbe, dite Mimi. Cheveux gris et œil alerte, elle est la vigie, la mémoire et la conscience du quartier. Quarante ans de présence à accompagner les utopies, les impasses, les blessures, les joies, la frénésie, l’immobilisme, la frénésie. Nous prenons rendez-vous pour dé La suite…
Le dimanche, je sors ma chemise de bal et je vais à La Tourette voir l’autre exposition de Marie-Noëlle. C’est enfin l’occasion pour moi de découvrir cette réalisation de Le Corbusier, chantre de la rationalité technique comme parangon de la modernité. Ma chemise est en soie froissée, blanche avec des jetés orange et bleus, proche du corps ; c’est dire tout ce qui me sépare du grand architecte. Ses grands volumes de béton qui jouent avec la lumière et imposent le silence, je voudrais les mépriser car ils symbolisent l’impérialisme froid de l’homme sur la nature. J’en arrive pourtant à les respecter, ils agissent comme une écharde qui fait faire sa perle à l’huître. Le couvent gris sort de la colline verte, on dirait une baleine échouée en souffrance et pourtant sereine. « La vie dominicaine repose sur une tension entre deux pôles ; la prédication et la solitude. La parole sera d’autant plus juste qu’elle sera née du silence. » Je lis les mots des frères de La suite…
Lors de notre deuxième rencontre, c’est moi qui visite son nid. Les enfants sont à l’école, Marie-Noëlle me fait du thé accompagné de Spéculos (sablé belge au beurre, vergeoise, chicorée, cannelle et muscade), saurait-elle déjà sonder mes talons d’Achille ? Elle me parle de son projet, « notre projet » dit-elle. Surprise ! La Juingle, le Douanier Rousseau, la Duchère, des plantes qui asphyxient les loggias pour donner de l’air et des ailes à celui dont les chaussures sont trop lourdes pour aller bien loin, pour lester celui qui ne sait plus regarder de près. Je feuillette le livre consacré aux tableaux du promeneur du jardin zoologique ; je me souviens, j’étais encore en primaire, en sortie scolaire, la jungle sortait du mur. Contrairement aux autres œuvres qu’on nous disait d’admirer et qui me semblaient être des territoires de grands, hors de ma portée, avec police des frontières, celle-ci me clignait de l’œil comme Madame José dans son magasin de bonbons. Il n’ La suite…
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