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nov 22
2007

Entretemps 1

Posté par Philippe Puigserver in Entre-Temps

Philippe Puigserver

Me voici dans l’entre-temps, faille spatio-temporelle d’où doit jaillir l’inspiration. Nathalie Veuillet, au timon de La Hors de, compagnie théâtrale protéiforme, m’a confié une mission ; accompagner le travail d’un artiste plasticien dans l’élaboration d’un musée éphémère. Traduction : j’écris ce que je veux sur l’artiste, sur son œuvre, sur La Duchère, sur ce manoir aux mille fenêtres promis à la disparition. Malgré deux publications, je continue d’être flatté par cette commande d’écriture ; tampon officiel qui atteste que mes mots ne sont pas lus par mes seuls yeux. J’ai également la trouille ; je suis souvent rétif à l’art contemporain que je considère englué dans la conceptmania. Comment vais-je procéder si l’œuvre de mon compagnon reste muette à mon cœur ? Vais-je sombrer moi aussi dans le syndrome de l’emballage ? ; tout mettre dans l’explication plutôt que dans l’œuvre, lustrer

oct 29
2007

Dominique Delfan

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
“Dominique Delfan recoit sur rendez-vous dans le nouvel institut Jacques Dessange. Cette jeune femme d’une quarantaine d’années s’est spécialisée dans l’écoute.”
Le papier git par terre dans l’appartement évidé de nos souvenirs. Les armoires béantes disent leur désarroi devant le départ soudain de toutes ses affaires. Les tapisseries exhibent les traces lépreuses des photos arrachées à la va-vite. La lumière ne se cogne plus au désordre familier de notre quotidien. Elle est devenue plus crue et ne me laisse aucune obscurité où cacher mon chagrin. Tout est cyniquement lumineux. Son trousseau de clés, abandonné, renvoie des éclats de diamant qui laisse croire à la magnificiance de la situation.
Je sors
oct 03
2007

Impression 2007 XX

Posté par Philippe Puigserver in H-auteurs

Philippe Puigserver
 


Malgré mes coups de burin pour rendre le temps plus préhensible, il file toujours entre mes doigts et je passe du printemps à l’automne sans rien comprendre. L’été ne semble avoir laissé aucune impression ! Et si c’était vrai ? Eté chimérique qui par son absence souligne la passoire qu’est la vie.
Dans l’allégorie, la photo de David est aussi très forte. Outre son indéniable message sexuel subliminal, la photo représente une marionnette qui grimpe et qui nous représente tous. L’issue est claire ; elle va se déraper et s’écraser. Ou bien elle ira jusqu’au bout, matera le paysage puis dira ; Et alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Tout ça pour ça ?
Moi, je suis reconnaissant
mai 26
2007

Impression 2007 X

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
Toute sa volonté de le quitter se brisait contre l'évidence de son corps. Son torse ample la rassurait, sa chaleur la réchauffait, ses bras l'abritaient, ses jambes l'enracinaient. Pas de doute, la tête sur son épaule, elle s'apaisait, loin des intempéries extérieures. Certes, elle rêvait d'un ailleurs, espérait beaucoup plus. Elle regardait leur maison, fulminait contre la tapisserie, rageait contre la place des murs, pestait contre l'envahissement des meubles, qu'elle avait pourtant choisis, se plaignait du manque de luminosité, ne supportait plus de voir son slip en boule et ses chaussettes sales au pied du lit. Elle étouffait. Et elle le regardait. Son sexe pendait piteusement sur ses cuisses. Mon dieu, que tout cela est ridicule, pensait-elle. Puis, elle le prenait dans sa main, tel un chaton avec une pelote de laine. Elle s'amusait de le voir grandir alors que le reste dormait encore. Elle partait alors dans son vertige et s'oubliait. 
avr 29
2007

Erythrée (texte final et corrigé)

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
1.

Erythrée. Pas d’eau. Et pourtant du soleil. Et moi. Plusieurs moi.
Nous sommes plusieurs moi en Erythrée.
Et pas d’eau. Du soleil, oui. Il n’y a que ça à se partager. Personne ne se bat pour une plus grosse part. Le manque d’eau, ça se partage aussi, équitablement.
L’égalité, c’est facile en fait. En Erythrée.
avr 29
2007

Erythrée 5 (fini)

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
Chiara est passée de la vingtaine à la trentaine comme on passe du salon à la salle à manger ; sans vraiment s’en apercevoir. L’appartement reste le même ; les meubles vieillissent lentement.
Chiara est passée des cours aux stages, de sa chambre d’enfant à sa chambre de bonne, de son petit argent de poche à ses petites fiches de paye. Elle fait le va-et-vient entre l’amour et la solitude, l’euphorie et la dépression, le rien et le pas-grand-chose.
Chiara est jolie, intelligente et avenante. Elle aime travailler pour s’assumer et sortir pour s’épanouir. Mais le travail prend souvent le pas sur le reste ; le temps de le chercher, de le faire et de s’en remettre ronge sa disponibilité. Le sol sous ses pieds est branlant et sape la plupart de ses envies. Pour sauter loin, il faut une bonne course d’élan et un appui ferme au moment de l’impulsion. Chiara n’en a pas encore les moyens.
L’idée d’enfanter la traverse parfois, mais la raison étouffe bien vite cette folie. Chiara n’est pas pressée, elle ne panique pas. Elle pressent seulement que de ce côté-ci de la trentaine, le sablier coule plus vite. Ses amis s’installent et les faire-part de mariage et de naissance tapissent son pêle-mêle près du chauffe-eau.
La pression des autres, ce n’est pas rien.
avr 29
2007

Erythrée 5 (en cours)

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
Chiara est passée de la vingtaine à la trentaine comme on passe du salon à la salle à manger ; sans vraiment s’en apercevoir. L’appartement reste le même ; les meubles vieillissent lentement.
Chiara est passée des cours aux stages, de sa chambre d’enfant à sa chambre de bonne, de son petit argent de poche à ses petites fiches de paye. Elle fait le va-et-vient entre l’amour et la solitude, l’euphorie et la dépression, le rien et le pas-grand-chose.
Chiara est jolie, intelligente et avenante. Elle aime travailler pour s’assumer et sortir pour s’épanouir. Mais le travail prend souvent le pas sur le reste ; le temps de le chercher, de le faire et de s’en remettre ronge sa disponibilité. Le sol sous ses pieds est branlant et sape la plupart de ses envies. Pour sauter loin, il faut une bonne course d’élan et un appui ferme au moment de l’impulsion. Chiara n’en a pas encore les moyens.
L’idée d’enfanter la traverse parfois, mais la raison étouffe bien vite cette folie. Chiara n’est pas pressée, elle ne panique pas. Elle pressent seulement que de ce côté-ci de la trentaine, le sablier coule plus vite. Ses amis s’installent et les faire-part de mariage et de naissance tapissent son pêle-mêle près du chauffe-eau.
La pression des autres, ce n’est pas rien.
avr 28
2007

Erythrée 4

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
-    Ce n’est pas bon pour un homme de tendre la main pour recevoir de la nourriture, Meron.
-    Tu as raison Gbatanawo, ce camp nous tue comme l’aube tue le feu dans l’âtre. Doucement, à notre insu, irrémédiablement. Nos enfants sont plus agiles pour attraper les rations des soldats bleus que nous-mêmes.
avr 28
2007

Erythrée 3

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
Un peu à l’écart, le camp des orphelins.
La dame rouge au vélo vert débouche au coin de la rue ouest. On dirait la Vierge de Guadalupe. Les enfants la regardent les yeux ronds et déjà un peu éperdus d'amour. Ils se demandent ce qu'ils pourraient lui soutirer ; l'eau courante, des habits propres, un ticket pour Khartoum ou Asmara, un gros billet vert, une boîte de conserve. Elle les a à l'œil, elle n'est pas tombée de la dernière pluie. Elle sait qu'un enfant peut dissimuler une crapule.
avr 28
2007

Erythrée 2

Posté par Philippe Puigserver in non classé 

Philippe Puigserver
Le bruit des buldozzers. Le bruit des bulldozers dans la plaine. Et le bruit de mille petits os qui craquent. Des crânes qui roulent dans une poussière de chaux que le soleil fait scintiller. Les bulldozers sont d’excellents réveils, ils ramènent progressivement le jour et déplacent les charniers humanitaires pour permettre l’installation de nouvelles tentes pour les arrivants de l’aube. La ville de toile s’étend chaque jour. Au sortir de la nuit, l’activité y est convulsive.
Des soldats soudanais plantent les maisons blanchâtres en tissu de l’Onu, des casques bleus distribuent l’aide humanitaire ; sucre, farine, riz, lentilles, lait et … l’eau. Des humanitaires accueillent les nouveaux arrivants mais renoncent bien vite à savoir qui est Soudanais, qui est Abyssin, qui est Chrétien orthodoxe, qui est Musulman, qui fuit la guerre, qui fuit la misère, qui vient du désert d’Afar, qui vient des hauts plateaux. On enlève à la mère son enfant mort, on pousse les moins faibles vers les tentes des médecins. Bientôt, le soleil écrasera la fourmilière et chacun s’enfoncera dans une léthargie qui cautérise, loin de toute pensée.

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