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Posté par Philippe Puigserver in non classé
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Simon prenait rarement ses trains dans les temps. Souvent, il courait, suait, pestait et s'engouffrait dans le wagon au moment où la porte se fermait. Parfois, il voyait le train lui filer sous les yeux. La colère le soulevait alors et il frappait du pied tout ce qui lui tombait dessus ; une canette oubliée, un caniche, son sac de voyage. Une fois même, il avait violemment heurté le composteur qui symbolisait la rigidité de la sncf et des temps modernes à laquelle il se soumettait avec trop de bienveillance ; 3 semaines de plâtre.
Simon le savait, il voulait faire trop de choses, il bourrait les heures comme son père jadis le coffre de la voiture familiale les jours de grand départ. Ce père qui mettait un point d'honneur à ne rien laisser de ce qu'avait prévu sa femme, quitte à laisser ses enfants dans l'inconfort, une fesse sur la banquette, l'autre sur la malette à pharmacie.
Simon pouvait s'emporter dans des proportions déraisonnables lorsqu'il s'agissait de vétilles, comme rater un train ou une sortie d'autoroute. Son sens commun se recroquevillait en boule dans un coin reculé de son cerveau, tremblant, les oreilles à l'arrière et la rage prenait le commandement. Simon vitupérait ainsi contre lui-même et contre l'ordonnancement du monde et ne souffrait pas qu'on puisse lui venir en aide. Chaque parole de réconfort et d'appel au calme lui cinglait le visage. Il avait alors la force d'un titan car il n'était soutenu par aucune raison. Il réglait ses comptes à sa boulimie et balayait quiconque se mettait sur son passage. Sa violence était d'autant plus grande que l'argument était futile.
Ainsi, il pouvait garder son sang froid pour les occasions sérieuses, les situations dites de crise, pendant lesquelles nombre d'amis recherchait sa clairvoyance et ses conseils judicieux.
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Posté par Philippe Puigserver in non classé
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Hier soir, j'ai vu un très mauvais spectacle où le vide abyssal détruisait la moindre parcelle de talent. Le public applaudit avec molesse, mais il applaudit. Par habitude ? Par politesse ? Pour effacer ce qu'il venait de voir ? Bref, ce matin, je n'avais pas le moral puis mon mail m'avertit de quelques commentaires sur mon billet à la gloire de Calet. Une éloge et un tampon, la parité est ici respectée (je ne parle pas des commentaires des amis que je connais). C'est chouette tout de même le blog, me suis-je dit. Est-ce le moyen de sortir de la consommation culturelle où tout passe, où tout lasse, où chacun applaudit en pensant à autre chose ? J'aime l'idée que la parole circule et que les avis (positifs/négatifs) se déclarent. Mais une chose me chagrine ; pourquoi avancer masqué ? J'aimerais bien continuer le débat mais où vous joindre Josette et Ange ? Je continue via le blog en ne sachant pas si je suis dans la ligne éditoriale des (h)auteurs … En fallait-il une preuve ?, le conformisme et l'invention sont des concepts décidément fluctuants, et à la vérité, je m'en fiche pas mal. En revanche, je pense que la sincérité est une donnée assez révolutionnaire par les temps qui courent. Je me croyais très centré, Ange m'apprend que je suis à la périphérie. Fichtre, la crise de l'immobilier va en s'empirant ! Ceci dit, l'idée de la périphérie est assez plaisante, c'est le début du voyage.
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Posté par Philippe Puigserver in non classé
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Thème mensuel du blog suscité par Frédérick Houdaer (qui prétend être plus jeune que moi sous prétexte qu’il aurait moins de cheveux) ; Le Monde merveilleux de l’édition … Fichtre ! Moi qui ne suis publié que par des demi-éditeurs et connais la plupart de mes lecteurs, que dire ? Je l’ai dit, j’aime l’automne, alors je serai positif. Je dois beaucoup à Henri Calet. Je ne peux pas me targuer d’être un exégète présentable, j’ai somme toute lu de lui peu de livres, cinq aujourd’hui pour être exact, les autres m’attendent tranquillement. Mais ses mots, galets anodins que l’on apporte fièrement à sa maman lors d’une première sortie à la plage sont des passeports bien plus pratiques que ceux de la République. Ils annulent les frontières et favorisent le fret onirique. Ils portent le maléfice de me faire entrer en moi. De ces voyages périlleux car intérieurs, je ressors bouleversé et apaisé. Bouleversé car je tâte mon inanité ; Où sont les grands projets de mes quinze ans ? Où sont les grandes œuvres que j’aurais dû écrire ? Où sont les larmes que j’aurais dû susciter ? Où sont les grands brasiers dans lesquels j’aurais dû me consumer ? Apaisé car son ironie douce plie le temps et décape les mirages de la modernité. Le rythme décélère, la vie ne se productivise plus, les envies et les avis se désuniformisent, je me sens moins seul. Ces mots écrits par le marcheur Calet ne remplument pas mon paquetage, mais mon inconsistance devient digne. Ses livres sont une oasis dans laquelle tel un grand frère bienveillant, il me protège du soleil, où ses propres défauts rendent plus excusables les miens.
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Posté par Philippe Puigserver in non classé
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Ah, le délicieux ennui du dimanche après-midi ! Le thé siffle et les petits gâteaux se trémoussent dans la boîte en métal. Il fait froid dehors, mais la maison est bien chauffée. On vient de gagner un mois d'été, on ne va pas se plaindre. Et puis les rayons apportent encore une belle lumière. L'automne est vraiment la saison bénie entre toutes. C'est le temps idéal pour des mots croisés intelligents ou pour répondre à des jeux stupides. Le cerveau est heureux d'être sollicité pour si peu. C'est du temps gaspillé que l'on jette comme les Princes Tsiganes le font de liasses entières. Il n'y a rien à justifier sauf à défier un temps qui file et que l'époque voudrait que l'on rentabilise à tout crin. Je fais un jeu sans aucun intérêt sur une musique de Jay-Jay Johanson et je jubile ; aujourd'hui je suis rentier et maître de mes terres. Le quizz que j'effeuille est épatant ; saviez-vous que la littérature était une discipline olympique jusqu’en 1936 ? J’imagine l’écrivain en polo de jersey taillant ses crayons avant le coup de pistolet. J’imagine son enfance et tout ce qui l’a amené là, devant Hitler. J'apprends également qu'Ethel Catherwood reçut en 1928 la médaille d’or en saut en hauteur et un prix de beauté. Que j’eusse aimé vivre ces années folles ! En 1932, Stella Walasiewiecz fut médaille d’or au 100 mètres féminins puis on découvrit qu’elle était un homme. Les affaires de dopage de nos jours paraissent bien moins poétiques. Amis cruciverbistes ou amateurs de jeux dans les magazines, ne culpabilisez pas de ne pouvoir/vouloir prendre votre fiancé(e) dans les bras. Vous avez besoin de ce moment de solitude pour vous reconstruire en silence. Et puis, en ce moment, votre aimé(e) a les pieds froids.
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