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Parfois, lorsque je prends l’ascenseur de la Tour, très tard dans la nuit, j’y trouve un homme silencieux, vêtu d’un long manteau brun, le visage caché dans l’ombre d’une capuche. L’inconnu dit peu de mots, le plus souvent ceux-là : « Où voulez vous aller ? » Non pas « quel étage », mais « où ». La première fois j’ai été surpris, car je ne vis pas dans le genre d’immeuble, ni au genre d’époque où l’on trouve habituellement un garçon d’ascenseur. Et cette phrase « Où voulez vous aller ? » m’a encore plus étonné quand l’homme a montré le panneau de commande. C’est alors que j’ai remarqué une curiosité supplémentaire : les boutons de l’ascenseur ne portaient plus les numéros d’étage, mais les noms de villes lointaines ou même inconnues.
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On connaît les lions dans trois situations, dans la jungle, au cirque et au zoo. Toutes les autres possibilités sont fortement idiosyncrasiques et se mettent donc hors la norme.
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Mouche était une femme très jolie mais bavarde. Elle refusait que la lune entraîne son amoureux dans le sommeil et le gardait éveillé en lui contant mille sornettes. La Lune jalouse la métamorphosa en insecte.
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La construction européenne est en grande partie responsable de la crise de l’édition. Et surtout depuis l’arrivée de l’euro : il y a toujours de plus en plus de Livres, mais plus personne n’accepte de Lire.
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Lear sort quand même une cigarette de son paquet et il joue avec, tout en parlant. Il me dit qu’il ne tiendra pas le coup une heure, et qu’il prendra une pause dans une demi-heure pour aller fumer dans le couloir. Puis, au bout de cinq minutes, il allume sa cigarette machinalement, se rend compte qu’il n’a pas tenu son programme, il arrache le bout enflammé et met le reste en réserve.
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Lieu : Local administratif de Là Hors De
Date : 17 décembre 2006, pendant que les autres font la fête à la pizza party
Les lumières sont éteintes dans les appartements. Les portes viennent juste de se refermer sur les oeuvres. Les représentants de la Ktha compagnie sont trois maintenant, avec Laetitia Laforgue en renfort. Demain matin, tous repartent pour Paris. Il est temps de discuter.
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Le chroniqueur s’est fait graver des cartes de visite :
Monsieur RAMON
Chroniqueur du Cirque
Velasquez, 4, Madrid
Il est le seul qui soit autorisé à garder son chapeau haut de forme et à fumer le cigare pendant le spectacle.
Pour déclamer sa chronique, il se fait hisser tout en haut du cirque, et s’assoit sur un trapèze dont les cordes sont enflammées. Sa chronique est calligraphiée sur sa langue, qui se déroule lentement hors de sa bouche comme un long rouleau de papyrus.
Lorsque sa langue atteint le sol, Monsieur Ramon trouve qu’il a soif et il déclare sa chronique terminée. Il quitte le chapiteau, en pédalant à monocycle, sur le dos d’une rangée d’éléphants qui marchent en sens inverse.
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citation : "Vous allez dans la forêt, vous prenez votre couteau pour couper ce que vous croyez être une branche et vous trouvez que vous avez coupé votre propre bras." (Lévy-Bruhl - Le surnaturel et la nature dans la mentalité primitive)
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Je n’ai pas encore appris grand chose sur Ktha compagnie. Le nom lui-même est resté opaque, en raison des explications multiples et contradictoires recueillies auprès de ceux qui le portent. Je sais que Lear accueille sur son répondeur téléphonique par un message en japonais – ce qui ne facilite pas la prise de contact. Je sais que Nicolas n’apprécie pas les cloisons trop minces, qui lui rappellent la promiscuité subie dans l’enfance. Je sais que leur projet consiste aujourd’hui à bloquer la zone de communication de l’appartement 25, au moyen d’une plaque de plastique rose insérée horizontalement dans le couloir. Je sais enfin qu’ils ne souhaitent pas l’intrusion d’une écriture ou d’un discours dans leur installation. Au total, j’ai compris que ces mesures défensives ne me faciliteront pas la tâche. Le duo est assez bien fermé. Est-ce cela le sens caché de Ktha compagnie (qu’ta compagnie – et personne d’autre ?) Aujourd’hui Lear et Nicolas cherchent la méthode qui leur permettra d’insérer leur plaque de plastique dans un trait de scie de quatre millimètres qu’ils feront sur les chambranles et les cloisons. Sachant que la plaque doit se retrouver en léger oblique par rapport à l’axe du couloir, que sa position finale est contraire au sens plausible de son entrée dans la glissière, et que les artistes ne veulent laisser aucune trace de la manœuvre, aucun jeu dans la découpe, et aucun couvre-joint, l’énigme du « comment » se substitue à celle du « pourquoi ». Pour entretenir un espoir, la plaque présente une certaine souplesse, mais elle ne pourra malheureusement pas se plier simultanément autour de son grand axe (ce qui est nécessaire puisqu’elle est plus large que le couloir) et autour de son petit axe (ce qui est indispensable pour la faire entrer à contre sens dans la glissière.)
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, maire du 9° arrondissement
Une voix dans la nuit
Jeudi 10 novembre, 20 heures. J’approche de la mairie du 9°, accompagné de Joseph Paillard et de Ktha Compagnie (Lear + Nicolas). Un morceau de rap fantomatique surgit soudain de l’obscurité : pas de musique, rien qu’une voix scandée, un peu étouffée, suspendue dans le vide. Nous dépassons une rangée d’arbustes plantés devant un mur. En me retournant, je devine un étroit couloir entre le mur et les arbres, une coulisse dans laquelle un artiste inconnu répète son texte avant de bondir sur la scène. Et nous, seul public de hasard, nous filons sans nous arrêter, entre les projecteurs encastrés dans le sol de la place.
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