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déc 07
2006

Rencontre avec Ali Boughalmi, gardien du 224

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella

Huit novembre 2006. Barre des mille, boulevard de la Duchère, allée 223. Personne ne sait, et moi moins que quiconque, ce que nous sommes censés faire ici. Mais réflexion faite, puisque cela représente une stricte définition de la condition humaine, il n’y a pas de raison de tergiverser. En avant ! Sabre au clair ! Je dégaine mes cinq questions et je fonce dans le couloir. D’abord je me trompe d’escalier. Alors je redescends, j’en prends un autre, j’ai l’habitude, et je trouve bientôt la porte intitulée : Ali Boughalmi



nov 17
2006

Le zoo des zauteurs

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Lorsqu’on place un nombre suffisant de singes devant une machine à écrire, et qu’ils tapent les touches au hasard, l’un d’eux finit par écrire les œuvres complètes de Shakespeare – ainsi que les miennes, hélas. C’est une simple question de probabilité. Mais lorsqu’on place un nombre suffisant d’auteurs derrière une table dans un salon du livre, les probabilités s’inversent : ils gagneront presque tous des cacahuètes.

Que d’efforts pour en arriver là ! Mais cette fois j’y suis. J’ai ma table à mon nom au zoo des zauteurs, et j’attends à côté d’une pile de livres neufs. Comme il n’y a personne pour me déranger (l’éditrice est déjà partie au restaurant et les acheteurs ne se sont pas encore manifestés) je prends le premier livre sur la pile et je commence à le lire. Vraiment, si je devais lire la même première phrase chez un autre pensionnaire du zoo, je poserais aussitôt son livre. Par souci d’impartialité, c’est ce que je fais avec le mien. Comme il est un peu écorné, je le mets de côté et je prends le livre suivant sur la pile. La page de titre est maculée d’encre. On pourrait facilement retrouver le coupable chez l’imprimeur, car il a laissé ses empreintes. Mais pour l’instant je me contente de mettre ce livre à l’écart avec le précédent, avant même d’avoir bien lu la seconde phrase… Après avoir essayé une trentaine d’exemplaires de mon livre, j’ai épuisé la pile et même le carton de réserve que l’éditrice avait glissé sous ma table ce matin, dans un grand élan d’optimisme. Consterné, je mesure le degré de paresse des écrivains, et le mien en particulier : sur tous les exemplaires sont imprimés des textes rigoureusement identiques. Sur les trente exemplaires, pas la moindre petite invention, ni même la plus infime variation. Redite, redite, redite, rien que redites. Et je crains que ce ne soit pareil sur les trois mille du tirage. Voilà, je n’ai plus rien à lire. Alors je vais demander à Frédérick Houdaer qu’il me prête un de ses bouquins, mais il me dit « trop tard, ils sont tous pleins de foutre. »
nov 08
2006

L'éditrice

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Je lui remis le manuscrit qu’elle roula et fourra sous sa jupe. Elle se balança un court instant sur son fauteuil, les yeux mi-clos, l’air pénétré,

puis une expression de mépris passa très vite sur son visage, aussitôt remplacée par un sourire commercial. Elle reposa le manuscrit sur son énorme bureau et donna son avis sincère : - Trop mince. Je restai fasciné un moment par ses lèvres brillantes et ses dents chromées, puis mes yeux retombèrent sur le manuscrit. Mon texte reprenait lentement sa forme plane, et me sembla tout à coup très ordinaire. Je me souvins de ces phrases que j’avais passé un temps infini à écrire. Elles devenaient tellement faibles, inutiles, et même pénibles, que je sentis peser d’un coup sur mes épaules le poids des année perdues.
mai 05
2006

Le cirque Ravella - numéros inédits - Le fraudeur

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Le fraudeur a fait une entaille dans la toile du chapiteau pour jeter gratuitement un oeil sur les artistes. Mais il trouve le spectacle tellement extraordinaire qu'il ne peut en rester là. Il agrandit la fente, il passe toute la tête à l'intérieur du cirque, ses yeux tournent comme des roulements à billes pour tout voir. Il est plus attentif qu'aucun autre spectateur, il en veut pour son argent (l'argent qu'il a économisé en ne payant pas sa place), à tel point qu'il n'entend pas le contrôleur arriver derrière lui. "Ah tu veux voir du cirque, mon gaillard, et bien va le regarder de plus près !" Le contrôleur lui donne un grand coup de pied au cul. Sous le choc, toute la toile se déchire de haut en bas, le fraudeur est propulsé en avant, il jaillit sur la piste en plein milieu des clowns qui se saisissent de lui, un à chaque bras, et l'entraînent dans une sarabande infernale, le font virevolter, pirouetter, il se retrouve la tête en bas, des pièces lui tombent des poches, ses billets de banque s'envolent dans la foule, des mains se lèvent, les attrapent, des enfants rient, ils vont pouvoir acheter des bonbons (à l'entracte).
avr 25
2006

Comment j'ai écrit un scénario en 42H (explication n° 42 et demi)

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Passons tout de suite à la contrainte de fin, nous reviendrons sur les autres épisodes par la suite. Comme nous l'a appris un des participants (on ne sait d'où il tenait cette information, mais il l'a donnée pour certaine) dans véritable marathon les coureurs doivent continuer bien après l'arrivée. On les met sur des vélos d'appartement et ils pédalent pendant des heures, faute de quoi ils risqueraient de souffrir de crampes atroces. Aussi bien me voilà depuis deux jours, je continue à imaginer mon film dans ma tête et à le consigner sur la page. Effectivement j'ai évité les crampes. Mais il faudra bien que je m'arrête.
avr 25
2006

Le cirque Ravella - numéros inédits - La femme coupée en deux

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Chaque soir, sous les applaudissements, le magicien fait entrer sa femme dans une boîte, il prend une énorme scie brillante et “scie-scie-scie” “scie-scie-scie” il coupe sa femme en morceaux. “Non !” s’écrie la femme. “Scie !” répond la scie.

“Non !” supplient les clowns. “Scie-scie-scie !” disent les spectateurs. Quand la scie a fait son office, le magicien écarte les deux moitiés de la boîte montées sur roulettes, il fait voir à tout le monde que la femme a bien été séparée, avec la tête qui remue d’un côté et les pieds qui s’agitent de l’autre. Puis il rapproche les morceaux de la boîte et la femme ressort intacte. Mais à force, le coeur est resté partagé en deux. Une petite moitié fidèle au magicien, l’autre moitié conquise par l’homme canon. Le magicien finit par s’en rendre compte : - Tu ne m’aimes plus ? - Je suis lasse de cette boîte. Avec l’homme-canon, j’aurai une impulsion nouvelle, je viserai plus haut, je verrai les grands espaces. - Et notre numéro ! - Il y a tellement d’autres femmes. J’en ai parlé aux soeurs siamoises, et d’ailleurs les voici (scie-scie-scie) : être coupées en deux, elles ne demandent que ça. (Les soeurs siamoises, Hi et Hu) - Hi Hi Hi ! - Hu Hu Hu ! - Nous voulons bien qu’on nous scie, Hi Hi Hi ! - C’est ce qu’on a toujours voulu, Hu Hu Hu ! - Mais pas qu’on nous recolle, - On n’est quand même pas folles !
avr 23
2006

Comment j'ai écrit un scénario en quarante deux heures (1)

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Le squire LESUR, le docteur HOUDAER et tous les autres survivants me demandent de consigner les évènements relatifs au MARATHON DES HAUTEURS de LYON, tout, du début à la fin, sauf la position de l'appartement 56 car il y reste un certain nombre d'ordinateurs et de systèmes électroniques assez coûteux. Aussi je prends ma plume en cette année de grâce deux mille sixième et je me reporte au temps où Judith Lesur tenait la petite auberge "Le bureau des (H)auteurs" à Little Cove The Dutch Here. Je m'en souviens comme si c'était hier. La journée finissait, c'était un vendredi d'avril et le printemps semblait vouloir s'installer enfin pour de bon lorsque l'homme arriva devant notre porte. Il avait monté les 73 étages d'un pas de plus en plus lourd, et la valise à coque plastique ultramarine qu'il traînait derrière lui cognait contre chaque marche avec un bruit menaçant. Boum, boum, boum. Chaque martèlement, qui résonnait lugubrement dans la cage d'escalier nous rappelait quel nombre infini de contraintes nous attendaient. (à suivre)
avr 23
2006

Modern Eden

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella
Un film en 42 scènes et demi

Générique
Style : film à grosse post-production.

1
Extérieur jour. Plan séquence au ras du sol

Un insecte obstiné (une coccinelle) qui avance sur un sol d’herbes (genre microcosmos, l’aventure de la vie, etc…) il franchit les obstacles vaillamment les uns après les autres, les petites herbes qui plient, les pailles qui résistent, les merveilleuses gouttes d’eau géantes qui perlent sous les feuilles veloutées, et dans lesquelles l’insecte vient se mirer. On voit alors son reflet déformé dans la goutte sphérique. Apparaît, toujours dans le reflet derrière l’insecte, une ombre qui descend et grandit, une épaule géante, un sein nu qui s’écrase dans l’herbe et roule sur l’insecte – à la faveur du reflet, passage en caméra subjective. L’insecte s’accroche au sein comme pour se sauver (plein écran, détails du grain de la peau, duvet) il monte sur l’épaule, le long du cou, sur la joue, et vient se pencher au-dessus de l’œil ouvert comme sur un lac : reflet de l’insecte dans l’oeil, retour en caméra objective. Une main masculine qu’on avait entrevue posée sur l’épaule et qui avait essayé de repousser l’insecte au passage vient le cueillir au bord de la paupière et le chasse d’une pichenette. L’insecte s’éloigne d’un vol rapide, il échappe à un oiseau qui piquait sur lui et il accélère en ligne droite.
avr 23
2006

Chap. 10 : L'ARRIVÉE

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella

Style film sentimental.



32
Sommet de l’arche d’autoroute.
La caméra flotte à quelques mètres derrière le ruban d’arrivée et vise le bout coupé de l’autoroute. Pour la première fois on découvre la tranche de béton, avec les fers en attente qui dépassent et quelques graviers en train de se détacher, un filet de sable inquiétant qui coule.

Lux et Jouvence sont là, couchés sur le ventre, côte à côte, tout au bout de l’arche interrompue. Leur tête dépasse au-dessus du vide.

Ils regardent parfois vers le bas. Ils regardent parfois vers le ruban d’arrivée. Au cou de Lux pend une paire de jumelles qui se balance, retenue par une bride. Le sol est très très lointain. Tout en bas, juste en dessous, deux personnes marchent sur l’aire de béton. On dirait qu’elles avancent l’une vers l’autre.  Lux porte les jumelles à ses yeux.


33
Vue aérienne.
Zoom avant sur les silhouettes minuscules.

On reconnaît Selda, la femme qui nettoyait l’esplanade et les entrées d’immeuble. L’homme qui va dans sa direction, c’est le marathonien du « générique », le dernier de la course, celui qui a été renversé par le choc avec une coccinelle.
Ils s’approchent de plus en plus l’un de l’autre, mais on se rend compte maintenant qu’ils ne sont pas sur la même ligne, que leurs trajectoires ne peuvent pas se rencontrer.


34
Caméra à hauteur humaine.
Selda et le dernier marathonien.

En réalité, ils ne sont séparés que de quelques mètres. Si seulement ils dirigeaient leurs yeux vers ceux de l’autre, au lieu de les tenir comme ils font : elle qui fixe sur son but un regard hautain, lui qui baisse la tête vers le sol pour ne déranger personne.
Ça y est, ils viennent de se croiser, en réussissant à ne pas échanger un regard, alors qu’ils semblent tellement seuls. Tout montre à quel point ils se sont contraints pour ne pas se voir.


35
Lux et Jouvence.
Même position.
Lux passe les jumelles à Jouvence. Pendant la manœuvre, l’instrument leur échappe et tombe du haut de l’arche, droit sur les deux piétons en train de s’éloigner l’un de l’autre.



36
On suit la chute des jumelles, qui s’écrasent à mi-distance de Selda et du dernier marathonien avec un bruit explosif. Les deux passants se retournent. Ils regardent l’objet pulvérisé. Ils regardent en l’air, là d’où est tombé l’objet. Ils se regardent enfin l’un l’autre. Ils s’accroupissent presque ensemble autour des débris, pour les examiner. Ils s’adressent la parole !


37
Lux et Jouvence redescendent en courant la chaussée d’autoroute. Ils courent de front. La caméra les précède et les garde cadrés de face. Ils parlent sans ralentir leur allure.

Lux : « Il faut de l’entraînement. »
Jouvence : « Un matin tu te réveilles… »
Lux : « Ce matin, je me suis réveillé tout à fait normalement. »
Jouvence : « Tu me sembles un peu mieux réveillé que d’habitude. »
Lux : « On n’a pas d’habitude. »
Jouvence : « Je te connais bien, aller. »
Lux : « Ah oui ? Qui suis-je ? »
Jouvence : « Un photographe. »
Lux : « Peuh. »
Jouvence : « Un photographe. »
Lux : « Un photographe de châteaux d’eau. »
Jouvence : « Je t’ai vu photographier tout et n’importe quoi. Un panier de légumes.»
Lux : « Au pied d’un château d’eau. »
Jouvence : « Une partie de football. »
Lux : « Au sommet d’un château d’eau. »
Jouvence : « Tu es énervant. »
Lux : « Quand tu n’as plus d’arguments… »
Jouvence : « Pas du tout. Tu m’as demandé : qui suis-je ? Je te réponds : énervant. »
Lux : « En fait, j’avais toujours voulu photographier des châteaux d’eau, et j’avais remis à plus tard. Hier, c’était la première fois. »
Jouvence : « Enervant. »

Ils s’arrêtent. Ils sont arrivés au bas de la pente. Ils s’embrassent. Ils disent qu’ils ont pris assez d’élan. Ils font demi-tour et accélèrent en direction du sommet de l’arche.


38
Zoé, dans le jardin au pied du château d’eau.
Elle joue avec son ballon. Elle le jette en l’air. Il retombe tout le temps. Elle regarde le sommet du château d’eau. Elle ne voit toujours pas l’escalier.


39
Lux et Jouvence courent vraiment très vite, comme deux champions coude à coude. On les reconnaît maintenant, ce sont les deux échappés du marathon de « générique », ceux qui s’étaient arrêtés de courir pour faire un câlin. On reconnaît la main de Lux, l’œil de Jouvence, le même reflet de coccinelle, la même courbe d’épaule. Ils accélèrent encore. Ils atteignent le sommet de l’arche, ils s’élancent dans l’espace. Ils rompent le ruban ensemble et poursuivent leur course en plein ciel.


40
Selda et le dernier marathonien. Debout face à face. On les voit de trop loin pour être sûr de ce qu’ils font. Ils se donnent peut-être quelque chose. Ils se donnent sûrement quelque chose.
On dirait que dans le ciel, derrière eux, passe un avion. Ou une comète.


41
Lux et Jouvence atterrissent dans le réservoir du château d’eau. Ils ont perdu leurs vêtements pendant le trajet, maintenant ils se baignent tous deux dans la piscine et batifolent comme Adam et Eve au jardin d’Eden.

Les meubles ont repris leur place d’avant le match de foot. Zoé se tient sous un grand parasol blanc. On ne sait pas comment elle est arrivée là. Elle est accoudée à la fenêtre hors sujet qui reste immobile toute seule en l’air.

Zoé a vu ses parents tomber dans l’eau. Elle est gênée qu’ils batifolent, et surtout qu’ils soient nus.  Elle leur tourne le dos, elle joue avec son ballon, puis elle n’y tient plus, elle se plante au bord du réservoir et balance son ballon dedans pour éclabousser Lux et Jouvence.



23.04.2006.    07H07

avr 23
2006

Chap. 9 : ENTRAÎNEMENT À LA VIE DE FAMILLE

Posté par Patrick Ravella in non classé 

Patrick Ravella

Style film familial



31
Matin. Pelouse au pied du château d’eau.
Jouvence, Lux, Zoé.
Jouent à des jeux bénins, pendant que l’un ou l’autre photographie la scène.
La progression des jeux reprend la chronologie à partir d’un tout petit qui ne sait pas encore marcher jusqu’à l’âge actuel de Zoé, comme un condensé de ce qu’ils n’ont pas encore eu l’occasion de vivre ensemble.



Zoé est couchée dans l’herbe, sur le dos, elle gigote pendant que Jouvence lui fait gouzzy gouzzy sous le menton.
Zoé marche à quatre pattes vers Lux. Il lui tend la main, elle se redresse, se met sur ses pieds et avance de quelques pas en s’accrochant à lui, puis elle lui lâche la main et réussit quelques pas toute seule, jusqu’à Jouvence qui l’attend, accroupie les bras tendus.
Jouvence la monte à bout de bras et la balance en riant.
Lux avance à quatre pattes, avec Zoé assise sur son dos.
Lux la jette en l’air et la rattrape.
Zoé donne un premier coup de pied faible et maladroit dans le ballon en disant : « Bouboule… »
Zoé fait l’avion, l’hélicoptère,
Zoé fait une roulade toute seule. Elle rit de bonheur.
Zoé pousse contre sa mère pour savoir laquelle sera la plus forte.
Zoé fait la roue. Elle n’y arrive pas encore, elle tombe le cul par terre. Elle n’a pas l’air contente. Elle regarde vers le sommet du château d’eau :

Zoé : « J’ai pas compris comment on faisait pour monter là-haut, y a pas d’escalier. »
Lux : « L’entraînement ? »
Jouvence : « Un jour tu te réveilles, tu sais que tu peux. »


23.04.2006.    00H00

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