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avr 28
2007
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Deuxième étapePosté par Valérie Sourdieux in non classé |
Je ne sais pas ce qui s’est exactement passé, je ne sais pas comment j’ai pu me tromper à ce point. C’était quand exactement ? Ce que j’ai fait après, je m’en souviens. J’ai marché des heures dans les rues sans but, sans raison, j’ai marché pendant 10 heures, presque jusqu’à l’épuisement, à la recherche du second souffle. On peut dire que d’une certaine manière je l’ai trouvé, je suis allé le chercher tout au fond de moi, comme la rage qui m’a tenu dans la marche. J’ai sillonné la ville, à la recherche d’un homme, le coupable peut-être, le meurtrier. Je suis passé devant des tas d’endroits que je connais, que nous fréquentons mes amis et moi pour être tranquilles. On ne peut être en bonne compagnie qu’entre gens de la même espèce.Je ne me suis pas arrêté une seule fois, je n’ai salué aucun de ceux que j’ai reconnu. Paula avec sa nouvelle petite amie, Géraldine je crois, à la terrasse de ce café qui affectionne tant les vaches. Partout des photos de vaches venant de tous les pays, de toutes les espèces, Les Tarentaises, des Normandes, des Aubrac. On s’était souvent amusé avec Paula et la énième femme de sa vie à inventer des noms aux vaches qui nous regardaient de leur œil bovin, Margueritte, bien sûr, La Noiraude, Blanchette, rien de très original. Nous avons tout appris sur leurs origines grâce à Marco, le serveur qui jouit en beuglant comme un veau, déformation professionnelle. Ils en ont tous, ils finissent tous par attraper des sales petites manies. C’est pour cette raison que je préfère prendre mon temps avant de choisir ce qui va finir par me contaminer, m’envahir tout entier, grignoter ma vie consciencieusement. Maintenant, je crois que je n’aurai plus le choix, je sais exactement ce qui me contamine, va me grignoter de l’intérieur. Je sais quel sera mon travail quotidien, ma mission, la plus éprouvante de toutes, se battre contre moi-même, contre une partie de moi, une partie qui est en moi et ne m’appartient pas. Quelque chose que j’ai hérité d’un autre, pour une fois que l’on me donne, cadeau empoisonné. J’ai marché sans m’arrêter, sans saluer Paula, Marco, Alexandre, Louis, Etienne, Berni, sans penser à mes 16 ans, aux 4 années de négociations permanentes pour faire admettre qui je suis, aux 4 années de boulimie sexuelle, de corps toujours plus désirables, d’hommes toujours plus âgés, de séduction toujours plus compliquée. J’ai marché en pensant à ces hommes sans me souvenir de leur visage. Lequel d’entre eux m’a trahit, lequel a pu profiter et comment a-t-il pu s’y prendre ? J’ai toujours été extrêmement prudent, jamais de risques, je connais la chanson, j’ai grandi avec cette menace, cette punition divine diront certains, pour moi c’est une belle saloperie, une saloperie qui s’attaque à l’un des rares vrais bonheur de l’existence, celui où l’on peut oublier, tout oublier, s’oublier soi, oublier la mort, oublier l’autre même, au point de ne pas se souvenir de son visage, de leur visage, aucun visage. Alors lequel m’a condamné ? A qui faire payer ? J’ai marché pendant des heures sans trouver le second souffle, parfois une forme de légèreté presque, mais non, pas vraiment, un vague plaisir peut-être à avancer malgré tout, à trouver un rythme qui me convient, le rythme qui est le mien, celui d’une respiration qui se fait plus ample, plus souple, qui se détend. S’entendre respirer tant qu’il y a du souffle, tant qu’il y a de la vie dans mon corps, de l’énergie. Je trouverai celui qui a fait ça.











