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nov 11
2006
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Henri CaletPosté par Philippe Puigserver in non classé |
Thème mensuel du blog suscité par Frédérick Houdaer (qui prétend être plus jeune que moi sous prétexte qu’il aurait moins de cheveux) ; Le Monde merveilleux de l’édition … Fichtre ! Moi qui ne suis publié que par des demi-éditeurs et connais la plupart de mes lecteurs, que dire ? Je l’ai dit, j’aime l’automne, alors je serai positif.
Je dois beaucoup à Henri Calet.
Je ne peux pas me targuer d’être un exégète présentable, j’ai somme toute lu de lui peu de livres, cinq aujourd’hui pour être exact, les autres m’attendent tranquillement. Mais ses mots, galets anodins que l’on apporte fièrement à sa maman lors d’une première sortie à la plage sont des passeports bien plus pratiques que ceux de la République. Ils annulent les frontières et favorisent le fret onirique. Ils portent le maléfice de me faire entrer en moi. De ces voyages périlleux car intérieurs, je ressors bouleversé et apaisé. Bouleversé car je tâte mon inanité ; Où sont les grands projets de mes quinze ans ? Où sont les grandes œuvres que j’aurais dû écrire ? Où sont les larmes que j’aurais dû susciter ? Où sont les grands brasiers dans lesquels j’aurais dû me consumer ? Apaisé car son ironie douce plie le temps et décape les mirages de la modernité. Le rythme décélère, la vie ne se productivise plus, les envies et les avis se désuniformisent, je me sens moins seul. Ces mots écrits par le marcheur Calet ne remplument pas mon paquetage, mais mon inconsistance devient digne. Ses livres sont une oasis dans laquelle tel un grand frère bienveillant, il me protège du soleil, où ses propres défauts rendent plus excusables les miens.
Je me souviens d’une rencontre chez un éditeur reconnu de la place, quelque peu intéressé par ce que je lui avais envoyé. La dame qui me reçut passait son temps entre le Sud et la Capitale, entre un avion et un train, entre deux manuscrits, entre deux jugements. Elle me parla de mon livre et me fit parler de moi. Je me racontais tel l’élève studieux à l’oral du Baccalauréat, lui dévoilais mes maîtres d’écriture et de lecture (ce ne sont pas toujours les mêmes) et pensais aux quatrièmes de couverture des librairies où la vie des auteurs paraissait palpitante. Je sentais qu’il manquait à ma vie un event qui pût transformer ce que j’avais écrit d’estimable en publiable. Un divorce, un métier à chiffres quand bien même dans le théâtre, quelques voyages exotiques, une maison en province, un nom d’immigré européen de la troisième génération, tout cela est peu de choses à la vérité. Et mon physique bien quelconque ne pouvait donner le change (c’était avant que la quarantaine ne m’apporte une plus-value inexplicable). J’ai compris ce jour-là que seul le talent indiscutable de mon œuvre aurait la force de chasser tous les titres médiocres des tables d’exposition des libraires pour faire un peu de place. J’ai rompu les liens de la socialité et du confort ; je me suis fouillé et j’ai poussé jusqu’au trottoir d’en face. Avec l’ombre que je veux être celle de Calet penchée sur moi, je paresse pour germer. Je veux transformer le caillou en diamant, le Rhône devient Esmeralda, ma voisine joue de mon sexe en jazzwoman avertie et ma fenêtre sert de phare la nuit à mes contemporains. Nul besoin d’odyssée pour sasser les pépites, la poésie est à portée de chaussures. J’ai l’âge de ne plus m’offusquer de mon égocentrisme. Personne d’autre que moi ne m’accompagnera du début à la fin. Personne ne me sera assez fidèle pour me fermer les yeux. Je suis mon seul dépositaire. Je suis l’incarnation du dérisoire dont je veux faire l’apologie dans ce siècle où la vacance ne s’utilise qu’au pluriel, où la déclaration d’impôts sert de carte d’identité, où les psychanalyses s’affichent comme les soldes.
Comme dirait Calet, la liste des choses à accomplir s’allonge au fur et à mesure que notre temps se raccourcit. Voilà mes rapports avec l’édition.
Henri Calet, André Hardellet, John Fante, Joseph Delteil, Alexandre Vialatte, que sont vos éditeurs devenus ?











