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jun 27
2006

L'autre jour

Posté par P.-O. Dittmar in non classé 

P.-O. Dittmar
L’autre jour, je suis allé faire un tour dans mes photos et je suis tombé sur celle-là.

L’autre jour, je suis allé faire un tour dans mes photos et je suis tombé sur celle-là.


 

C'était en 2002, sur la frontière entre la Pologne et l'Ukraine, au mois de Mars je crois.

Je retrouve cette image, avec ces arbustes sans feuilles au premier plan et je la trouve un peu effrayante. Je sens qu’elle m’évoque quelque chose de pas net… je passe regarde d’autres photos.




 

Ça me revient. C’est le cercle des suicidés dans la Divine Comédie. Les auto-homicidaires sont transformés en arbres aux branches mortes et cassantes, que les harpyes viennent lentement décortiquer. 

 

Je sais aussi pourquoi ce passage m’a marqué : le traducteur s’expliquait dans une note de bas de page qu’il avait essayé de rendre en français les virtuoses allitérations « cassantes » de l’italien où la langue se cassait en même temps que les branches. Je me rappelle avoir été vérifier dans le texte italien. C’était vrai.

Hier, j’ai revu Gil, que l’on voit sur les photos. Je lui montre l’image et sa réaction est immédiate. Il me rappelle combien ce moment était heureux (et moi je pense à une autre phrase de Dante qui dit "Nous allâmes ainsi vers la lueur, parlant de choses qu'il est beau de taire comme il était alors beau d'en parler"), que nous ne parlions pas de Dante, mais plutôt d’Homère. Et que l’on se moquait bien de nous même, perdus dans les Carpates, nous qui nous demandions au milieu des bois si Diomède représentait oui ou non le principe défensif dans l’Iliade. Au riait aussi des grands passages lyriques de la Dolonie comme :

« ils marchèrent comme deux lions, à travers la nuit noire, au milieu du meurtre, au milieu des cadavres, à travers les armes et le sang noir ».

   

Je regarde de nouveau l’image. Je repense à phrase de Dante et à son bois des suicidés... si je n’ai pas oublié cette histoire c’est peut être parce qu’en 2005, sous des platanes en Provence, Thomas m’a montré les planches de la Divine Comédie dessinée par Botticelli. Je sais que j’ai regardé attentivement le bois des suicidés, qui fait l’objet d’une page hallucinante où chaque trait s’interrompt très vite, se casse comme les mots de la phrase, et compose des motifs aux frontières de l’abstraction.

 

Alors maintenant, après avoir bien dérivé, je sais d’où vient le sentiment étrange que j’avais ressenti devant cette photo. Ce n’est pas la simple association avec le passage de Dante, c’est que ces différents souvenirs, la Pologne, la nuit noire d’Homère, les phrases cassées de Dante, les lignes cassées de Botticelli, la Provence, commençaient à se mélanger. Et que devant ces  images de neige et de vent, j’entendais le chant des grillons la nuit sous les platanes…

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