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jun 07
2006
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Où est l'homme ?Posted by Leïla Lovato in Untagged |
Où est l'homme ?
Il faut bien l’avouer, j’eus la langue bien pendue lorsque, en commentant la belle présentation de Hiroshige par Pierre-O, j’annonçai une intervention dans le blog dans le jour qui suivait.
Je reprends donc la main pour un petit tour aux côtés du chien Mboudjak, dans la cour du bar de son maître Massa Yo.
Cela se passe au Cameroun, et Mboudjak pense (parle ? écrit ?) : « je suis un chien. Qui d’autre que moi peut le reconnaître avec autant d’humilité ? ». Ce sont les premiers mots qui nous parviennent.
Je veux vous citer un petit extrait qui se trouve dans la première partie du livre. Il nous dit l’œil de Mboudjak. D’où il nous parle.
Mboudjak à ce moment-là vient de se sortir in extremis d’une rude épreuve que lui a fait subir l’enfant Soumi (le fils de Massa Yo) qui joua à le pendre.
"Où est l’homme ? Une et une seule question. Posant systématiquement ma question, tous les jours je vois les hommes vaquer à leurs occupations, je vois Massa Yo se taire, et Soumi courir se cacher loin de moi. Oui, tous les jours, j’observe les hommes, je les observe, je les observe et je les observe encore. Je regarde, j’écoute, je tapote, je hume, je croque, je rehume, je goûte, je guette, je prends, bref, je thèse, j’antithèse, je synthèse, je prothèse leur quotidien, bref encore : j’ouvre mes sens sur leurs cours et leurs rues, et j’appelle leur univers dans mon esprit. Je regarde et j’aimerais bien comprendre comment ils font. Comment ils font quoi ? Comment ils font pour être comme ils sont. Vous riez ? Eh bien, riez alors. Oui, riez ! Quant à moi, je sais que pour survivre aux hommes, il faut savoir de quoi ils sont capables.
(…)
Dressé sur mes pattes avant, comme je me tiens dorénavant, avec mes oreilles bien debout et ma langue pendante, haletant pour calmer mon esprit avide, je deviens soudain un étranger pour mon maître. Un chien qui, du matin au soir, du soir au matin, observe la rue, observe son maître, observe les hommes, et ne fait rien d’autre qu’observer ; un chien qui pèse et soupèse un os que lui jette un vendeur de soya passant par là, personne dans Madagascar, et Massa Yo non plus, n’a jamais vu ça."
("Temps de chien", Patrice Nganang, éd. Le Serpent à Plumes)
Nb : Madagascar est un quartier populaire de Yaoundé
Bien sûr, on entend la voix de l’homme sous la peau du chien, et plus encore, la voix de l’écrivain. Anthropocentrisme, certes, mais paradoxalement en exil. Un pas de côté. Adoption d’un corps autre. Déplacement. Où est donc le centre maintenant ? Où est donc le lieu de l’œil et du langage ? Quand l’homme s’altère en prenant nom et os de chien. Quand il tend à être simultanément l’absolu même et le radical étranger. Où est l’homme, où est le centre donc maintenant ? Où le lieu ? De l’écriture et de la ville de Yaoundé.










