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avr 28
2007
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Troisième partie (intégrale)Posté par Valérie Sourdieux in non classé |
Le retour n’est pas facile, les retours ne sont jamais faciles, les départs peut-être aussi, sans doute sûrement. Je ne sais pas ce qu’il y a de plus difficile, je ne sais plus, j’oublie, je préfère oublier. Garder seulement ce paysage, au-dessus des nuages, au-dessus de tout, de tout ce qu’on peut imaginer en dessous, ce qu’il y en dessous ne m’intéresse pas, désormais je veux regarder au-dessus, en haut, le plus haut possible. Ce paysage en tête, la cime des montagnes, gravir des montagnes, j’aimerais savoir gravir une montagne, pouvoir trouver le souffle pour monter tout en haut, ce second souffle que connaissent les sportifs de haut niveau, les alpinistes, les coureurs, les danseurs, que sais je encore, le second souffle, celui qui rend invincible, qui gonfle le cœur de vigueur, d’ardeur, un sang neuf, se sentir léger, léger comme l’air, plus léger que l’air, monter haut à l’intérieur de soi, ou plutôt non, tout laisser sortir de soi, comme l’air qui circule dans les poumons quand on a enfin trouver le second souffle.C’est comme une seconde vie, commencer une seconde vie, ne plus sentir la douleur, être au-dessus, toujours, encore, aller au-delà, plus loin. J’ai lu quelque part, au bout d’un moment, quand on a trouvé le second souffle, le corps n’existe plus, seulement la course, le mouvement se confond à soi, c’est comme une mécanique qui fonctionne toute seule, mais rien ne fonctionne tout seul, il faut toujours un élément déclencheur, il y a toujours un effet d’entraînement, un point de départ, une ligne à suivre, à tracer. Je n’ai rien lu par contre sur la possibilité d’une nouvelle vie, recommencer, est-ce que j’aurais vraiment envie de recommencer, qui peut avoir envie de tout recommencer, recommencer pour tout défaire et refaire, remonter le temps, remonter le fil, dénouer les nœuds pour les tendre à nouveau, je ne sais pas si j’ai envie de ça. Revenir en arrière pour avancer plus vite, aller de l’avant, je ne suis pas certain de ça. Qui voudrait tenter l’expérience, prendre le risque d’une nouvelle vie. La vie ne se renouvelle pas ou plutôt si, la vie est toujours nouvelle, en mouvement, c’est seulement notre regard qui se fatigue à ne pas changer d’angle de vue, de point de vue. Je décide le point de vue d’en haut, au-dessus de moi, lever la tête, au-delà des nuages la cime des montagnes. Je décide de garder ma vie, de regarder ma vie et de commencer enfin, peut-être, c’est ça le vrai changement, vivre sa vie, être en vie, c’est ça la nouveauté. Changer soi à l’intérieur de sa propre vie, c’est ça le vrai risque. A new life every day ! Il est là le second souffle, celui qui revitalise dynamise, électrise, réconforte, emporte, transporte. Je n’ai pas envie de rentrer, pourtant j’avais envie de partir, pas de revenir. Mais si je ne reviens pas, je ne pourrai plus partir, le point de départ, revenir au point de départ, retour à l’origine, aux sources comme diront certains. Je m’en fous de ce qu’ils disent les autres, de ce qu’ils pensent, chacun sait pour soi, devrais savoir, moi je sais que je n’ai pas envie de rentrer, seulement de voir le steward forcément souriant se pencher sur moi pour me servir un rafraîchissement, le plus frais possible. Quelle tête quand il jouit et son beau sourire, que devient l’assurance de son sourire ? – Une boisson fraîche? Je l’imagine bien proposer après le coït une boisson fraîche, déformation professionnelle, une coupe de champagne, tiens, pour fêter l’événement. J’aimerais bien le voir dans l’effort, le travail mon ami, le travail du sexe, atteindre l’orgasme, la jouissance, les sommets encore, toujours les sommets, et le second souffle, trouver le second souffle, nécessaire pour dépasser les montagnes, regarder les cimes. C’est tellement facile et sans risque depuis le hublot, les montagnes, le souffle, le steward, tellement simple. Mais quelle force pour redescendre sur terre, poser les pieds au sol, le premier à la descente de l’avion. Il est là le danger en bas, une fois qu’on est revenu à terre, à soi, à la vie et l’on oublie vite le second souffle, le vol au-dessus des montagnes, par-delà les nuages, les boissons rafraîchissantes, le steward, on oublie même pourquoi on est parti, ce qu’on est venu faire ici, ce qu’on fait là, pourquoi il faut revenir à la réalité, fouler de nouveau le plancher des vaches. Je ne sais même pas comment il s’appelle le steward, steward ce n’est pas un nom, c’est celui qu’on lui donne mais ce n’est pas le sien, pas le vrai, pas celui qui m’intéresse. – Bonjour, Jacob. Et vous ? Je suis assez jeune, 20 ans, le plus bel âge dit-on, fort heureusement pour moi, on me donne plus surtout avec une barbe de 3 jours, enfin ils me donnent généralement plus de 20 ans, ils s’arrangent facilement avec ça. Certains s’arrangent moins de leur homosexualité refoulée, comme on dit, mal digérée, mal vécue, mal employée. Moi ça va, je m’en arrange, depuis 4 ans déjà, tout le monde s’arrange avec ma réalité. – Et vous, steward, vous aimez les garçons ? Le steward, je me fous du steward, même pas mon genre, trop souriant, trop rafraîchissant. Je sais ce qui m’attend en bas, c’est pour ça que je préfère regarder en l’air, en haut, continuer de regarder par le hublot, ne pas quitter le hublot, même pas pour aller pisser. Le bruit infernal dans les oreilles, je ne supporte plus, trop de bruit dans la tête. Je suis fatigué, j’aimerais que ça s’arrête, une bonne fois pour toute, que le bruit me laisse tranquille. J’imagine ce qu’ils ont les autres dans la tête, quelle sorte de bruit, quelle place pour les pensées. Moi, je n’en ai aucune qui peut me distraire trop de parasites dans le cerveau. Je suis allé voir un spécialiste, un neurologue, à cause des migraines. Surmenage, c’est tout ce qu’il a trouvé à me dire ce grand ponte, scanner, prise de sang, tout ça pour s’entendre dire « Surmenage, vous êtes surmené Monsieur, vous devriez prendre des vacances. Je ne sais pas partir au bord de mer. Le bruit de la mer, c’est doux et léger ». Pourquoi est-ce qu’il a souri sur cette dernière phrase, doux et léger, aucun bruit ne peut être doux et léger, Monsieur le neurologue, vous ne savez rien du bruit, de mon tintamarre intérieur, vous n’avez pas idée des fluctuations à l’intérieur de ma tête. Les moteurs, les sifflements, les grondements, le souffle, ce bruit de souffle est indescriptible. Je finis par ne plus supporter mon propre souffle, ma respiration me fait mal, m’empêche de m’endormir, ma respiration me retient la nuit, elle me tire en arrière. Je vais devenir fou, à force. Je ne veux plus rien entendre. Je ne sais pas ce qui s’est exactement passé, je ne sais pas comment j’ai pu me tromper à ce point. C’était quand exactement ? Ce que j’ai fait après, je m’en souviens. J’ai marché des heures dans les rues sans but, sans raison, j’ai marché pendant 10 heures, presque jusqu’à l’épuisement, à la recherche du second souffle. On peut dire que d’une certaine manière je l’ai trouvé, je suis allé le chercher tout au fond de moi, comme la rage qui m’a tenu dans la marche. J’ai sillonné la ville, à la recherche d’un homme, le coupable peut-être, le meurtrier. Je suis passé devant des tas d’endroits que je connais, que nous fréquentons mes amis et moi pour être tranquilles. On ne peut être en bonne compagnie qu’entre gens de la même espèce. Je ne me suis pas arrêté une seule fois, je n’ai salué aucun de ceux que j’ai reconnu. Paula avec sa nouvelle petite amie, Géraldine je crois, à la terrasse de ce café qui affectionne tant les vaches. Partout des photos de vaches venant de tous les pays, de toutes les espèces, Les Tarentaises, des Normandes, des Aubrac. On s’était souvent amusé avec Paula et la énième femme de sa vie à inventer des noms aux vaches qui nous regardaient de leur œil bovin, Margueritte, bien sûr, La Noiraude, Blanchette, rien de très original. Nous avons tout appris sur leurs origines grâce à Marco, le serveur qui jouit en beuglant comme un veau, déformation professionnelle. Ils en ont tous, ils finissent tous par attraper des sales petites manies. C’est pour cette raison que je préfère prendre mon temps avant de choisir ce qui va finir par me contaminer, m’envahir tout entier, grignoter ma vie consciencieusement. Maintenant, je crois que je n’aurai plus le choix, je sais exactement ce qui me contamine, va me grignoter de l’intérieur. Je sais quel sera mon travail quotidien, ma mission, la plus éprouvante de toutes, se battre contre moi-même, contre une partie de moi, une partie qui est en moi et ne m’appartient pas. Quelque chose que j’ai hérité d’un autre, pour une fois que l’on me donne, cadeau empoisonné. Je ferme les yeux, j’essaye de penser à autre chose, j’imagine le silence, à quoi pourrait ressembler le silence, quelle couleur lui donner. À chaque moment, action, mouvement, j’associe un bruit, à chaque bruit une couleur. Quand je pars travailler, rouge, quand je suis dans la saturation, violet, puis noir. Rarement blanc, le silence peut-être, la mer douce et légère, le bruit doux et léger. Certaines femmes ont un bruit doux et léger, leur peau, oui, ma main sur leur peau cherchant la béance, l’oubli dans leur béance, toutes leurs béances, leurs gouffres merveilleux. Ce que raconte la peau des femmes, le bruit le plus doux et léger que je connaisse. Pourtant, je ne sais pas les femmes. Je les prends, les aime, mais je ne sais pas. Je voudrais ne plus entendre de bruit, aucun. Trop de bruit, depuis trop longtemps. Le mien, celui des autres, tous les bruits s’ajoutent, mais aucun ne peut se soustraire, ne s’efface. J’ai marché sans m’arrêter, sans saluer Paula, Marco, Alexandre, Louis, Etienne, Berni, sans penser à mes 16 ans, aux 4 années de négociations permanentes pour faire admettre qui je suis, aux 4 années de boulimie sexuelle, de corps toujours plus désirables, d’hommes toujours plus âgés, de séduction toujours plus compliquée. J’ai marché en pensant à ces hommes sans me souvenir de leur visage. Lequel d’entre eux m’a trahi, lequel a pu profiter et comment a-t-il pu s’y prendre ? J’ai toujours été extrêmement prudent, jamais de risques, je connais la chanson, j’ai grandi avec cette menace, cette punition divine diront certains, pour moi c’est une belle saloperie, une saloperie qui s’attaque à l’un des rares vrais bonheur de l’existence, celui où l’on peut oublier, tout oublier, s’oublier soi, oublier la mort, oublier l’autre même, au point de ne pas se souvenir de son visage, de leur visage, aucun visage. Alors lequel m’a condamné ? À qui faire payer ? J’ai marché pendant des heures sans trouver le second souffle, parfois une forme de légèreté presque, mais non, pas vraiment, un vague plaisir peut-être à avancer malgré tout, à trouver un rythme qui me convient, le rythme qui est le mien, celui d’une respiration qui se fait plus ample, plus souple, qui se détend. S’entendre respirer tant qu’il y a du souffle, tant qu’il y a de la vie dans mon corps, de l’énergie. Je trouverai celui qui a fait ça. Ce matin, le café m’a légèrement brûlé. J’ai pensé à prendre l’avion, j’ai même pensé que prendre l’avion serait légitime, et partir. La Normandie, l’idée m’est venue peut-être cette nuit à la suite de ce reportage télévisé sur les vaches Normandes. Les paysages m’ont inspiré le silence, ils étaient presque blancs, j’y étais presque à la douceur et au calme sans passer par les femmes. Parce que les femmes malheureusement ne restent jamais douces et calmes très longtemps. Je choisirais un endroit peu fréquenté, isolé, à l’abri des regards, je ne veux pas que l’humeur des gens vienne me parasiter.Pas de témoins, seul avec mes bruits dans la tête, avec un peu de chance, ils pourront peut-être se dissoudre dans l’eau. Je suis persuadé que tout peut se dissoudre dans l’eau, le bruit, les pensées qui l’accompagnent, les souvenirs, images, couleurs, ma mémoire n’est pas imperméable, encore moins insubmersible. Je ferme les yeux, je me concentre, le goût du café brûlant n’est pas resté sur ma langue, il a rejoint le répertoire des sensations. Je pense à la mer, au neurologue, au bruit des appareils médicaux, scanner, IRM, que sais-je encore. Encore un effort et j’arrive jusqu’à la mer. Le silence de la mer ne couvre pas le bruit des machines, l’hôpital encore, le brouhaha des villes, le vacarme de l’aéroport. J’aimerais m’élever au-dessus des nuages, par-delà les montagnes, oublier les bruits du sol, pour celui inaudible des hauteurs. Mais je ne peux pas m’élever, je ne sais pas voler. Je ne sais pas comment je vais faire avec la mer, je ne sais pas. J’ai oublié le café, la sensation, la brûlure verte. Je vais rapidement retrouver les gestes, les habitudes et les interférences inhérentes à mon travail. Aujourd’hui, je commence la journée avec le vol Paris –New York. Les bagages de ces messieurs dames à transporter avec le plus grand soin bien évidemment. Le manège habituel, l’avion atterri, je prends la voiture, récupère les bagages, les transporte au dépôt et après je ne m’occupe plus de rien. Je ne croise pas les voyageurs, je ne préfère pas. La journée sera longue, mais j’ai pris ma décision, demain, je pars rejoindre le silence doux et léger de la mer. Je préviendrai le travail, tôt le matin, j’invoquerai les migraines les plus violentes, marteaux, pilons, l’explosion cérébrale. Je choisis la Normandie, Trouville, à moins de deux heures en voiture de Paris. Je partirai tôt pour profiter de la journée. À cette période de l’année, je devrais échapper aux autres, à part les autochtones, ceux-là ne me dérangent pas. Leur bruit est déjà absorbé par l’environnement, il se confond à l’atmosphère, celui-là ne me perturbera pas. Le bruit ambiant m’accompagnera, me protègera de mes mouvements internes, soubresauts, contorsions, j’échapperai à mes multiples méandres, je cesserai de les arpenter à la recherche de la vérité sur ma mystérieuse maladie, celle qui me dévore la tête, ce surmenage permanent, depuis que j’ai 4 ans. Quatre ans, l’âge où j’ai cessé de voir la mer et depuis je peux l’affirmer, je n’ai jamais vu la mer. Je ne sais pas la mer, je n’ai plus su à 4 ans, j’ai désappris la mer, fait le chemin à l’envers, à rebours. Je crois me souvenir de la chanson qui passait dans la roulotte du marchand de bonbons où j’achetais des réglisses et des caramels mous, les mots bleus de Christophe. C’est peut-être pour ça que j’associe ma vie aux couleurs et aux bruits. Je me souviens de ce bruit, une perforation en plein cœur de mes 4 ans et ce n’était pas la mer. La mer ne m’a pas perforé, elle a emporté, c’est tout, elle a emporté mes 4 ans loin de tout, ma vie hors de portée. C’est un cri qui m’est entré dans la tête, c’est ce cri qui me dévore depuis tout ce temps. Il fallait bien un jour, que ça arrive, je m’étais préparé tout ce temps, j’ai pris mon temps, mais demain, c’est décidé, je vais régler mes comptes. Demain matin, je pars régler mes comptes, cette idée devrait me faire tenir toute la journée. Je ne souviens pas comment le médecin m’a annoncé la nouvelle. Il n’y a pas 36 façons pour apprendre une nouvelle pareille. Quand je suis venu chercher mes résultats, il m’attendait dans le couloir. L’air de rien, il m’a demandé de le suivre dans son bureau, j’étais plutôt surpris, un peu excité, même si il n’était pas du tout mon genre, je n’ai pas vraiment de genre. Un type assez grand et quelconque, la blouse blanche n’avait pas d’effet particulier sur moi, je ne me laisse pas impressionner par l’uniforme. J’ai vu dans ses yeux de la compassion, non pas de la pitié. Je ne peux plus composer avec la pitié des autres, je refuse qu’on me regarde comme un malade, comme si ma sexualité s’affichait dans ma chair, m’amoindrissait. La compassion dans ses yeux, l’empathie. Est-ce qu’ils apprennent la compassion en fac de médecine ? Il m’a demandé de m’asseoir et je crois que j’ai tout de suite compris au son de sa voix la gravité de mon état. Cent fois, j’ai répété dans ma tête, je ne comprends pas, je me suis toujours protégé, j’ai toujours protégé les autres. Je ne comprends pas, je lui ai dit :« je ne comprends pas ». Il n’a rien dit, seulement indiqué les nouveaux traitements efficaces, à suivre impérativement, le nom d’un psychologue pour m’accompagner, tout le baratin que l’on se doit de tenir aux derniers malades arrivés, consignes, recommandations, réconfort. Je n’écoutais déjà plus. J’ai refusé tout net de prendre son numéro, même en cas d’urgence. J’ai tout refusé en bloc, parce que je ne comprenais pas. Je ne sais pas si c’est ma mémoire qui me fait défaut, si déjà le virus atteint mon cerveau, mais je ne comprends pas, je ne trouve pas le responsable, le coupable. Je ne sais pas. Je ne sais pas si 20 ans c’est le plus âge, pour qui, pourquoi ? Je ne marche plus dans les rues depuis ce jour, seulement dans ma tête. Dans l’avion qui me ramène chez moi, je continue d’avancer dans ma tête, je ne m’essouffle pas, mais je n’habite plus nulle part, je n’ai plus de chez moi. Je ne suis même plus dans mon corps, non, je n’habite que mon corps, désormais mon seuil royaume. Je suis le souverain d’un royaume en pleine décrépitude, un souverain en fin de règne. Je vais trouver le second souffle en descendant de l’avion qui revient de New York. Je voulais me payer New York, big apple, une part de la grosse pomme, croquer dans la pomme à pleine dent. Je retiens Ground Zero, une béance, un trou, je sens aussi un trou dans mon corps, au beau milieu, mais je ne pleure pas, je prends note. Je ne pourrai pas tenir en place à Paris, tout bouge, tout est en mouvement, si je ne suis pas le mouvement, je meurs, si je ne marche pas, mes pensées vont continuer de creuser leur sillon, je m’y engouffrerai puis disparaîtrais. Je ne veux pas disparaître, je dois continuer de marcher, je suis toujours à la recherche de mon second souffle, je sais qu’il existe, il est en moi, c’est la maladie, le virus qui l’aura enclenché, délivré de moi. Je ne vais pas tenir à Paris, mon souffle va s’écraser contre ma poitrine, me confiner à une respiration malingre, un petit sifflement entre les lèvres, à peine audible. Paris ne me comptera pas parmi ses habitants dans les prochains jours. Le temps de passer chez moi prendre quelques affaires, dormir pour renouer avec mes pensées originelles, revenir à moi puis repartir dans la foulée, dès demain pour ne pas me perdre, me dissoudre. Demain, je prends le premier train, la destination importe peu c’est le voyage qui compte et le point d’arrivée, l’ancrage.











