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La salle de bain immaculée / 8 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail


8.

Cathy a trop chaud. Elle ouvre les yeux. Le soleil est arrivé jusqu'au lit. Dans la fenêtre, il y a des nuages gris et la traînée blanche d'un avion. Le bras de Maxime pèse sur son ventre.
Elle se lève. Regarde la montre qu'elle a laissée sur la table de nuit, à côté du bouquet de fleurs séchées. Elle presse l'épaule de Maxime.
J'ai raté le car, Maxime, il est six heures.
Cathy s'habille, va dans la cuisine. Sort le téléphone de son sac.
Les enfants vont bien ? Ils ont fait leurs devoirs ? Oui je veux bien que tu me le passes. Comment ça va mon grand ? La journée a été bonne ? Soyez gentils avec mamie, hein ? Je t'embrasse mon grand, à demain.

Maxime ouvre une cannette de bière. Boit une gorgée. Se lèche les lèvres.
Il faut que je te ramène, c'est ça ?
Cathy hausse les épaules.

Dans la salle de bain, elle se lave les mains soigneusement. L'émail du lavabo n'est pas brillant comme chez elle. Il y a des petits brins de barbe autour du robinet. Des taches de dentifrice sur le miroir.
Sur la tablette au-dessus du lavabo, un rasoir et une bouteille de synthol. Cathy sourit. Elle ne peut pas voir de synthol sans penser à son grand-père. Le synthol, c'est le plus précieux des médicaments, avait-il l'habitude de dire à qui voulait l'entendre. Mais Cathy le soupçonnait surtout d'utiliser le breuvage pour masquer son haleine alcoolisée.

Assise sur le bord de la baignoire, Cathy pense à son grand-père. Quand il est mort, elle avait sept ans. Maxime huit. La semaine qui avait suivi l'événement, les parents de Cathy avaient envoyé leur fille dormir chez Maxime. Les parents de Maxime s'étaient montrés très compréhensifs ; si ça pouvait aider, disaient-ils. Dans la chambre de Maxime, il n'y avait pas encore l'affiche de Schwarzy, mais l'armoire en faux-bois était là, à la même place qu'aujourd'hui, et déjà elle ne fermait plus. Pendant cette semaine-là, Cathy avait pleuré tous les soirs. Pourquoi tu pleures ? demandait Maxime, qui connaissait la réponse. C'est à cause de mon grand-père, disait Cathy. Pour la consoler, Maxime venait dans son lit. Il la regardait s'endormir en lui tenant la main.

Assise sur le bord de la baignoire, Cathy pense que depuis la mort de son grand-père, elle n'a plus jamais passé de nuit dans cette chambre.
Elle pense qu'elle aimerait bien recommencer. Qu'une fois tous les vingt-sept ans, ce n'est pas trop demander. Que les enfants sont chez mamie, qu'elle ne craint rien, que François est en congrès à Paris.

Elle sort de la salle de bain, rejoint Maxime dans la cuisine. Il a mis son blouson. Il fait tourner entre ses doigts les clés de la voiture.
Il dit : allez, viens, faut pas qu'on traîne.

Sur le tableau de bord, l'horloge indique 19h02. Cathy boucle sa ceinture, ouvre son sac, sort le paquet de Délichoc. Quand la Polo s'engage sur la nationale 82, Maxime appuie sur le bouton de l'autoradio. Cathy pense au chat, à ses mules dorées que le petit a trouvé chouettes, elle pense au lave-vaisselle qu'elle a oublié de mettre en route ce matin, elle pense qu'à Casino les kinder bueno sont vendus par paquet de dix à 4 euros cinquante.
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