8.1.09
... (18)
une excentrique étrangeté
qui contemple la souffrance commune
est quelque peu décalé, il cherche
ses semblables
7.1.09
Non mais j'halluciiiiiiiiiiiiiiine !
En 2001 !
Tout ça pour ça ?!
Putain mais c’que les gens sont petits !
3.1.09
Règle et exception
Jean-Claude Carrière, Le Mahabharata.
2.1.09
De la véritable nature des conflits
Milan Kundera, L’art du roman.
Ramenée d’un niveau global, politique, à un niveau personnel, cette citation de Milan Kundera me semble illustrer parfaitement la nature des conflits entre individus : familiaux, en couple, entre collègues, entre voisins ou entre ivrognes dans les ruelles sombres. Rétroactivement il m’apparaît qu’il ne se cachait pas autre chose derrière tous les conflits dont j’ai, au cours de ma vie, été acteur ou témoin. A bien y réfléchir alors, derrière toutes les raisons, les excuses que l’on s’invente pour déclancher une engueulade, il convient de se souvenir qu’il ne s’agit en fait que d’un désir de domination, de démonstration de force et donc d’ego. Garder cela en tête peut être un moyen d’éviter de se laisser entraîner dans la spirale de la discorde. Car sans toutes les bonnes raisons que l’on se trouve pour justifier l’agression et/ou la réponse à l’agression, ne se sentirait-on pas ridicule, bête, vain, si l’on admettait qu’il ne s’agit en fait que d’affirmer sa volonté sur celle de l’autre ? Sans raison. Par pur principe. Par pur désir d’être « le plus fort. » Nous sommes, en fait, infantiles et risibles à chaque fois que nous nous laissons entraîner dans un conflit.
Bonne année à tous !
27.12.08
Ganesh, version 2
Mais reprenons les choses où je les avais laissées la dernière fois : suite aux premiers retours de l'éditrice Corinne Bertrand, Jérôme eut envie de s'investir davantage dans le projet et me proposa de le repenser à deux. Heureux d'une première collaboration scénaristique avec le dessinateur Wa, en 2004, j'acceptais. Nous passâmes donc 48 heures enfermés à nous brainstormer en long, en large et en travers pour repenser l'histoire ensemble. Premier constat : Corinne et Jérôme étaient bien plus séduits par l'aspect « chronique sociale » du récit que par son côté « comics » : exit donc toute l'intrigue liée à Râvana, et place à une BD plus mordante, plus adulte aussi. La question de la divinité de Ganesh, assumée dans la version 1, restait ici en suspens. Je vous passe les détails de ce remake mais nous aboutîmes à un récit de 94 pages, découpé en deux albums. Le premier fut écrit dans les moindres détails (je restais dialoguiste pour l'essentiel) et le deuxième découpé scène par scène. Quelques mois plus tard, cette version fut présentée à deux éditeurs seulement, qui la refusèrent tous deux, puis Jérôme et moi nous rendîmes compte que notre collaboration atteignait ses limites. D'une part, Jérôme s'affirmait en tant qu'artiste : il commençait à avoir une idée plus précise de ce qu'il voulait faire, des directions artistiques qu'il souhaitait prendre. Je continuais quant à moi de m'engager dans des directions diamétralement opposées, que j'avais prises depuis assez longtemps d'ailleurs. Il nous parut évident que cette seconde version de Ganesh en souffrait. Elle était plus riche, plus incisive, plus mûre que la première, c'est vrai. Mais contrairement à la première, elle manquait d'une cohérence interne réelle, d'une détermination dans le ton et le propos que son ainée, en dépit de ses nombreux défauts, possédait. Cela venait du fait que Jérôme et moi tirions cette BD chacun d'un côté, sans parvenir à trouver un compromis satisfaisant. Nous décidâmes alors, en toute amitié, qu'il était temps pour chacun de voler de ses propres ailes. Temps aussi pour Jérôme d'assumer pleinement son envie de devenir son propre scénariste (ce qu'il fait très bien depuis), et pour moi d'assumer à nouveau mon désir de rester metteur en scène. Peut-être un jour referons-nous quelque chose ensemble, nous évoquions cette idée l'autre jour. Mais ce sera dans longtemps, lorsque nous aurons fait suffisemment de chemin l'un et l'autre.
En attendant, voici donc la seconde version de Ganesh. Si les couleurs sont encore au stade de la recherche sur ces planches (d'où le manque de cohésion qui va vous sauter au yeux), notez le bond spectaculaire qu'avait fait le dessin de Jérôme entre la version 1 & la version 2. Son travail était bon en 2005, il était devenu exceptionnel en 2006 !
Pour la petite histoire, une troisième version du scénario existe, qui fut écrite en 2007 et qui dort depuis dans mes tiroirs. C'était en quelque sorte une synthèse des deux premières versions : j'avais essayé de prendre ce qu'il y avait de meilleur dans les deux et d'écrire l'histoire telle que je la voulais réellement. Il est question que quelqu'un se mette à travailler dessus très prochainement mais... chut !
Pages 1 à 4 :
Jérôme avait ensuite réalisé les crayonnés des pages 24 à 28. Contrairement à la version 1, Ganesh rencontrait Patricia avant Ayanna.
Quelques recherches sur les personnages, à présent :

25.12.08
A ceux qui se sentent coupable de quelque chose...
Joe Connely, Martin Scorsese & Paul Schrader, A tombeaux ouverts
24.12.08
QCM
- La pensée.
- Qu’est-ce qui peut couvrir toute la terre ?
- L’obscurité.
- Quels sont les plus nombreux, les vivants ou les morts ?
- Les vivants, puisque les morts ne sont plus.
- Donne-moi un exemple d’espace.
- Mes deux mains jointes.
- Un exemple de chagrin.
- L’ignorance.
- Un poison.
- Le désir.
- Un exemple de défaite.
- La victoire.
- Quel est l’animal le plus rusé ?
- Celui que l’homme n’a pas encore réussi à connaître.
- Qui est apparu en premier, le jour ou la nuit ?
- Le jour, mais il n’a précédé la nuit que d’un jour.
- Quelle est la cause du monde ?
- C’est l’amour.
- Quel est ton contraire ?
- Moi-même.
- Qu’est-ce que la folie ?
- Un chemin oublié.
- Et la révolte ? Pourquoi les hommes se révoltent ?
- Pour trouver la beauté, soit dans la vie, soit dans la mort.
- Qu’est-ce qui, pour chacun de nous, est inévitable ?
Avant de répondre à cette question, Yudishsthira réfléchit un moment. Sans doute pensait-il à la longue chaîne des réincarnations à la fin de laquelle, disait-on, venait l’entrée au nirvana. Ainsi répondit-il :
- Le bonheur.
- Et quelle est la grande merveille ? demanda la voix.
- Chaque jour la mort frappe autour de nous, répondit-il, et nous vivons comme des vivants éternels. Voilà la plus grande merveille.
Jean-Claude Carrière, Le Mahabharata
16.12.08
Oops... i did it again!
Alors oui, je sais, j'avais dit que je ne le ferais plus... J'étais sensé m'être officiellement « retiré de la scène culturelle lyonnaise. »
Du moins est-ce ce que j’avais expliqué en toute sincérité, il y a quelque mois, à quelques personnes. Après deux ans sur Marseille, et ne me sachant de retour sur Lyon que pour deux ans au maximum, j’avais envie de me la jouer discret, de ne pas me mettre en avant, de faire mes trucs dans mon coin…
Et puis un gars adorable qui gère un lieu adorable (j’y reviendrai quand la date se confirmera) m’a proposé d’un coup comme ça clac de venir jammer sur scène avec lui et son pote musicien. Une bonne vieille impro, comme au bon vieux temps. C’était fait avec une telle spontanéité, une telle générosité, que je n’ai pas eu le cœur de dire non. Le même soir, un musicien de BombayNo-Dogs, le 3 décembre. Ces trois invitations, venant de personnes que je connaissais à peine, m’ont profondément touchées. Elles m’ont rappelé la façon dont j’invitais les gens aux événements que j’organisais jadis, juste parce qu’ils m’inspiraient confiance et que leur travail me semblait intéressant, sans faire de simagrées et on verrait bien ensuite comment cela se passerait… Alors j’ai dit oui, et oui, et oui !
Pour quelqu’un qui raisonne comme je raisonne (résonne ?), une telle accumulation d’invitations ne pouvait être le fruit du hasard : la vie m’invitait à remonter sur scène, comment dire non à la vie ? Alors, comme certains de mes vieux compagnons d’improvisation me répétaient inlassablement qu’ils aimeraient bien reprendre les Combustions Spontanées (nom donné à nos performances depuis 2000), j’ai senti le plaisir de la scène renaître en moi et au diable le reste ! Je n’ai pas pu m’empêcher de relancer la machine, en collaboration avec mon amie -co-fondatrice de Neweden en 1997- Florence Bordarier. Nous voilà donc lancés pour deux soirs au Théâtre de l’Anagramme, les 18 et 19 décembre, et nous avons dors et déjà prévu de remettre le couvert en 2009.
Le fait est que tout ça m’a fait comprendre que si je ne voulais plus monter sur scène, c’était pour de mauvaises raisons. Ces mêmes raisons qui m’ont poussées à prendre « Shaomi » comme nom de plume et de scène afin dissocier « madcap » (mon surnom dans la vie) et « l’artiste » Shaomi. Ces mêmes raisons qui m’ont poussées à me mettre en retrait derrière mes collaborateurs dans tous les projets auxquels j’ai participé ces dernières années. Des raisons qui n’ont rien à voir avec la scène, ni avec la création artistique : l’écœurement pur et simple (et légitime) d’être ce que l’on nomme un « personnage public » car, pour citer Ernesto Sabato, devenir un personnage public est toujours « une chose dégouttante, une sorte de vulgarité, une somme de malentendus, une manipulation. » Il y a la personne que vous êtes réellement, que vos proches connaissent, et puis il y a cette personne qui porte votre nom mais qui n’est pas vous, qui vous échappe totalement, à propos de laquelle des tas de gens disent des tas de choses délirantes, en bien comme en mal. Tous ceux qui ont connu quelque notoriété, fut-elle locale et minuscule comme ce fut mon cas, le savent. Cet écœurement est toujours vif en moi, mais cela a-t-il quelque chose à voir avec l’art, avec la création ou la scène ? Non, rien du tout.
Je me sens juste -enfin !- suffisamment épanoui, serein et confiant pour ne plus me soucier de cela. Il ne faut pas tout mélanger : il ne faut pas avoir honte de faire ce que l’on doit et veut faire sous prétexte que cela déplait à quelques âmes en peine. Pas quand on est honnête avec soi-même. Pas quand on sait exactement là où on en est. Raser les murs pour ne plus avoir à subir les langues de pute est un choix aussi vain que maladroit !
Et je sais qu’il est juste pour nous de combustionner à nouveau : parce que nous aimons ces moments d’improvisation, ce contact avec le public, cette expérimentation d’autant plus goûteuse que la présence du public la rend périlleuse… La valeur artistique du résultat peut-être plus ou moins bonne, plus ou moins mauvaise : « c’est l’jeu ma pauv’ Lucette. » Mais nous feront de notre mieux et tout ça n’a rien à voir avec les mondanités ou quelque désir de se « mettre en avant. » Tout ça obéit à une logique autre, celle-là même qui nous fait passer des nuits blanches à créer lorsque pourtant nous devons nous lever le lendemain, celle-là même qui fait qu’à notre âge nous nous obstinons dans cette voie artistique si peu valorisante en ce monde de banquiers et de vendeurs d’aspirateurs.
Je vous invite donc à venir nous voir jeudi et vendredi soirs au Théâtre de l’Anagramme (27 rue Royale, 69001) à 21h, pour la modique somme de 4 euros (qui iront au lieu et c’est bien naturel vu l’accueil qu’il nous fait, les artistes ne gagnant rien sur ces soirées.) J’y serai accompagné des danseuses Florence Bordarier et Géraldine Berger et des musicien(ne)s Pascale Auffret, Julien Grosjean et François Lamy. Ceci n’est pas un événement Neweden/Mercure Liquide : plus besoin de label, c’est juste nous !
J’en profite aussi pour remercier ceux qui m’ont accompagné sur scène le 3 décembre à la soirée No-Dogs : la même Florence, les musicien(ne)s Sylvain Gérard et Elodie Poirier, le peintre Jean-Pierre Olinger… ainsi qu’Estelle, son staff et celui de la Belle Equipe pour leur accueil. C’était cool ! Un grand merci également à Stéphan Meynet et à l’équipe du Théâtre de l’Anagramme pour le lieu qu’ils nous offrent. Un grand merci enfin à l’artiste Marie-Claire Cordat, que j’ai rencontrée récemment, et qui m’a impressionné par son obstination à faire ce qui doit être fait, en dépit des volées de bois vert que ça lui rapporte trop souvent.
Alors oui je sais, j’avais dit que je ne le ferais plus…
Ooops… trop tard !
Nous sommes là ! Où êtes-vous ?
14.12.08
Homo sapiens sapiens
Etre humain extrêmement inflammable.
Par mesure de sécurité, utiliser uniquement pour l'usage prévu et conformément au mode d'emploi.
Conserver les enfants hors de sa portée.
Ne pas mettre en contact avec les autres êtres humains et les animaux.
Ne pas écouter et éviter le contact avec la peau, les yeux et les muqueuses.
Emballer sous blister ses aliments, ses boissons, sa vaisselle, ses ustensiles de cuisine, ses membres en contact avec les denrées alimentaires.
Débrancher les appareils méningers.
Loger dans des terrariums, des aquariums et des cages et couper l'alimentation de la télévision avant extinction des feux.
Nouer et jeter le préservatif après usage.
Conserver à l'écart des aliments et boissons biologiques, y compris ceux pour animaux.
Conserver l’individu dans un endroit pollué.
Etre humain sous pression.
A protéger contre les rayons solaires et ne pas exposer à une température supérieure à 25°C.
Ne pas percer ou tatouer même après usage.
Utiliser et conserver à l'écart de toute femme ou de tout corps incandescent, source d'ignition et d'étincelles, source de chaleur.
Ne pas faire fumer.
Bien enterrer après usage.
Individu à usage ménager.
13.12.08
... (17)
tu fus joie quotidienne
puis réconfort souvenir
petite fleur des jardins secrets
ton sourire me préparait à la joie
véritable
12.12.08
... (16)
il ne parle pas de ce qui tourne autour
mais des cycles intérieurs
car quoi que soit le temps, le sage
s’en réjouit
11.12.08
Aujourd'hui, c'était la journée mondiale...
Bon voilà c'est fait.
De grâce souvenez-vous que les journées mondiales ne durent qu'un jour !
10.12.08
A trop y penser, on finit par le provoquer...
Gaëlle Josselin, janvier 2002.
2.12.08
Simple
And the indifference between us still remains
God is love, love is God, simple and plain
Partying this way, there’s so much more 2 gain »
Prince, Freaks On This Side
1.12.08
Mieux vaut-il en rire que d'en pleurer ?
Bonne fête à tous les séropositifs !!!
(Oooops...)
30.11.08
Elle est de retour !!!
Loué soit Shiva !!!
Peut-être, alors, avons-nous quelque espoir...
(Ou pas...)
29.11.08
Si les avalanches
cessaient de couler
l'exotisme des anges sauvages
n’aurait plus lieu d'être
si les chiens n’aboyaient plus
au milieu d’un tapage de réveillon
les bruissements d’ailes
passeraient inaperçus
si tu étais là au coin
mes nuits n’encreraient plus
ces milliers de feuilles
l’aventure majeure
perdrait un peu de ma voix
si les vœux se réalisaient tous
le temps cesserait
d’être secrètement horizontal
les enfants figés
si les pinceaux pouvaient gémir
leurs aléas prédestinés
les hommes ne serait plus que grains de sable
& non éclats de dieu
si tu étais là la nuit
mes coins ne s’empliraient plus
de ton absence
mon aventure majeure
aurait moins de panache
27.11.08
Croire & savoir
- Je suis bien obligé de constater, en voyant comment tu as pu survivre ici, que ce doit être quelque chose de sérieux. Mais moi, que veux-tu, je ne crois pas en Dieu.
- Moi non plus.
- Comment ! Mais bien sûr que tu y crois, ça se voit, ça se respire comme la fumée des bougies éteintes dans une église !
- Non. Je ne crois pas en Dieu.
- Allons, tu n’as pas à en avoir honte ! Ce n’est pas une maladie, et je t’assure que ce n’est pas contagieux, la foi ne me menace pas !
- Mais non, Wolfy, je ne crois pas en Dieu. On croit ce qui n’est pas évident, on choisit de ne plus douter. On croit en ce qui n’est pas tangible, en ce qui peut paraître absurde. On croit en l’irrationnel, à l’irréel : je ne crois pas, je constate.
- Quoi, tu constates quoi ?
- Je constate ce qui ne peut pas être nié, si on est un peu raisonnable. Ou plutôt j’ai constaté il y a longtemps, et ensuite les faits sont venus confirmer ma constatation. Je me range à l’évidence, le contraire serait sottise. Je ne crois pas en Dieu, je constate que Dieu est.
- Et ça n’est pas la foi, ça ?
- Non. On lutte pour justifier la foi, on décide de croire plutôt que de douter, on fait souffrir les autres, on tue au nom de la foi. On discute, on argumente, on asservit au nom de la foi. Quand il s’agit de constater une évidence, c’est beaucoup plus simple… et plus paisible. »
Michel Benoît, Bienvenue en Inde - une escale en enfer
26.11.08
Nia / 3 - Hiroshima en août
1 - Jungle de toi
2 - Me perdre en toi
3 - Hiroshima en août
je vis dans une jungle de toi
ton sourire est ma guerre sainte
de toutes les causes
ta sérénité lève des armées de moi
des milliards de cellules
livrent des batailles épiques
pour cultiver cette terre
déjà conquise
je vis dans un nid douillet de toi
tapissé d'ambivalences & de silences
exosquelettes armures de sens interdits
l’envie de toi m'incarne & me détrousse
me submerge d’indécents détails
tes incisives entraperçues, tes lèvres retroussées
lorsque mes jeux désinvoltes
t'illuminent
je vis dans une mégapole de toi
peuplée par des hordes de toi
ton nom slogan scandé par les foules
ton visage célébré jusque sur
les vitraux des églises & les panneaux publicitaires
attraits d'intuitives perspectives
tes lignes de fuite font de moi un prophète
illégal
je vis dans un labyrinthe de toi
au gré du vent que j’appréhende, je erre
ni ailleurs ni perdu, juste habité de tes
intentions tendres & uniques
nourri par l'espérance luminescente
d'une incarnation complète à te croquer
fruit défendu source de trouble jusqu'à-ce que
légitimé soit mon jardin d'éden
je vis dans une immensité de toi
je veux planter ici les racines
d'une moisson d’herbes folles & de légendes païennes
traverser ta fameuse apocalypse & puis
faire de ton petit déjeuner ma prière du matin
te câliner comme un encens qu'on allume
t'encenser te caresser sans arrière pensée
t'allumer comme un brasier cosmique
je vis dans une répétition de toi
ta vallée verte débordante de lianes
qui transpercent en boucle mon éther
sèment des ébauches de béatitude
l'idée sans la chair
me transforme en chats fous qui miaulent à ta porte
je suis un temple sans prêtresse
rempli de pèlerins figés
je vis dans un présage de toi
tout se mêle dans le continuum
jusqu'à cette indienne détrônée
son sari délavé, ses possibles écrasés
par ta naissance en moi
improbablement je veux
bâtir dès aujourd'hui ma hutte
puis filer à l’est avec toi
je vis dans une saga de toi
nourrie d'épopées mythiques comme
nos épaules qui s’effleurent, nos visages rapprochés
perception de tes hypothétiques attentes
& mon flou se multiplie, vomit une infinité
de points de suture possibles au suspense
ne te noie pas dans tes inavouables
nos baisers sont gravés dans la pierre
je vis dans un destin de toi
une inaltérable évidence
de nos parcours bénis, de nos douceurs & de nos
véritables
loin de nos cahiers les faux-semblants
si rares sont les vœux de bonté
en ce purgatoire de monde
qui d'autre que toi ? quoi d’autre que nous ?
je vis dans une malaria de toi
quelque chose de tropical & sans antécédent
chaque petit bout de peau promesse
d'un palais de plaisirs secrets
goûter cette peau de sable & plonger entre toi
m'abreuver en chœur avec
les licornes & les anges
les apsara & les deva
je vis dans une faim de toi
insatiable curiosité quant aux harmonies
de tes plaisirs
nécessité d'en faire
la bande son de mon épopée
de ta nudité mon paysage
& de m'habiller avec
ta langue
je vis dans une gueule de bois de toi
dans la frigidité la plus totale à l'égard
des autres femmes
leurs détresses & leurs phéromones
leurs egocentres & leurs peines capitales
leurs sourires de glaces à l'eau
elles ne sont qu’enfants égarées
tu es la femme sauvage
je vis dans une nécessité de toi
cette pluie d’adhidaiva sur nous
boite à miel aux yeux des autres
le miel je l’offre mais la boite
je ne peux la partager qu’avec
une comme moi
une résidente
du havre véritable
25.11.08
24.11.08
... (15)
est une intolérable introspection
celui qui s’y soumet ne juge plus
alors seulement devient-il apte
à aimer
23.11.08
Ganesh, version 1
La genèse du projet remonte au début de cette même année 2005 : nourri par les bandes dessinées Howard The Duck de Steve Gerber et Vext de Keith Giffen, j'avais voulu travailler sur un personnage en décalage, un freak perdu dans l'enfer d'une grande ville contemporaine. L'idée d'utiliser le dieu Ganesh m'avait été insufflée quelques années plus tôt par la pochette du 1er album de Tabla Beat Science : j'avais envie depuis longtemps de donner vie à ce petit Ganesh en baskets...
La première version de Ganesh était traitée sur un ton assez léger, dans l'idée d'une BD tout public mélangeant humour et aventures fantastiques. Le pitch de base des trois version reste le même : un petit bonhomme avec une tête d'éléphant se retrouve perdu dans le Londres contemporain, amnésique et sans aucune idée de son identité. Très vite, il rencontre Ayanna, une jeune Anglaise d'origine indienne qui vit seule avec sa mère, Patricia. Un petit groupe se constitue rapidement autour de Ganesh, constitué des deux femmes, de Pooja (une étudiante indienne qui s'enivre de la démesure de Londres) et de Brian (le meilleur ami d'Ayanna, un jeune homme bien anglais.) Pour certains, Ganesh est le Dieu réincarné. Pour d'autres, il n'est qu'un handicapé, malformé. Pour la plupart des gens, il n'est qu'un enfant avec un masque. Perdu au milieu de ces interprétations de lui-même, dont aucune ne lui convient ni ne lui correspond jamais vraiment, Ganesh doit faire son chemin dans la société moderne, trouver un travail et surtout donner un sens à son existence, puis échapper aux griffes du Dr. Puri, qui dirige une secte pseudo-hindouïste et qui tente de le manipuler pour convertir de nouveaux adeptes. Dans cette première version, la divinité de Ganesh est finalement admise, et il réalise qu'il est ici pour démanteler les plans du démon Râvana (grand méchant du Ramayana), revenu prendre sa revanche sur l'humanité et travaillant à notre destruction avec la complicité de politiciens et d'hommes d'affaires véreux.
La critique de la société occidentale était soft dans cette première version (elle sera un peu plus mordante dans les suivantes), mais elle restait au cœur du propos. Les personnages d'Ayanna et de Patricia furent inspirés avec tendresse par l'une de mes grandes histoires d'amour et sa maman, occasion pour moi de mettre en scène les contradictions d'une femme arrachée à sa culture et d'une jeune fille qui a grandi dans un monde tout en étant élevée dans les valeurs d'un autre. Occasion également d'exprimer mon affection profonde pour la culture indienne et tout ce qu'elle a à nous apporter.
Cette première version sut retenir l'attention de Corinne Bertrand, qui dirigeait alors la collection Expresso chez Dupuis. Corinne quitta peu après son poste, pour finalement reprendre la collection Quadrants, chez Soleil. En dépit de ces turbulences dans sa carrière, Corinne sut prendre le temps de nous accompagner avec patience et bienveillance sur l'évolution d'un projet qui, comme je vous le disais, devait mûrir et revêtir plusieurs formes. Mais je reviendrai là-dessus dans quelques temps, lorsque je posterai les planches de la deuxième version. Même si le projet ne fut finalement pas signé, faute de trouver la maturité, la forme définitive, qu'y cherchait Corinne, nos échanges avec elle furent riches et constructifs ! Un grand merci à elle pour le temps qu'elle nous a alors consacré, et surtout à Jérôme pour avoir su à deux reprises donner forme à ce projet.
Je vous laisse à la lecture des planches réalisées et esquissées pour le dossier éditeur (il vous suffit de cliquer dessus pour les agrandir.) J'espère de tout cœur que ce début vous donnera l'eau à la bouche.
Prototype de couverture #1 :

Prototype de couverture #2 :

Pages 1-5, finalisées :





Pages 6-12, esquissées :
Où Ayanna et Ganesh s'interrogent :


Pour explication, cette page introduisait Râvana et ses deux tueuses bisexuelles (on ne voit pas très bien les personnages sur cette esquisse) :

Retour à Ganesh, qui s'aventure dans les rues de Londres :


Où l'on rencontre Brian, le meilleur ami d'Ayanna :

Quelques recherches de personnages, à présent. Tout d'abord, Râvana et ses deux tueuses bisexuelles :

Ganesh et ses amis :

Quelques autres personnages :

Et, pour finir en beauté, Ganesh au milieu des freaks de Camden :
22.11.08
... (14)
sur les fleurs & puis pleurnichent
lorsque les roses les piquen
